MON AGENDA DE LA PLÉİADE
(2019)

31/12

Les peintres sont sexy, pas les poètes

Les Johannin dans Les Inrocks,
c’est pas des pits, c’est des caniches…

29/12

“Marc Lambrand notre Paul Morond”, Jérôme Garcin

Le succès du livre de Vanessa Springora (Le consentement, Grasset), c’est l’immonde potage où trempent le désir sadique de voir couper les couilles de l’archimandrite chauve en place publique (ça change des femmes tondues) et la curiosité malsaine de le voir, au préalable, saccager l’anus de la gamine. 
Le moment ou jamais de ressortir l’alexandrin qui devait servir de titre à un livre dont je ne me rappelle pas le sujet : “Nous laverons nos mains dans le sang des bourreaux”. 

28/12

Le grand écrivain de ces affaires-là, c’est Tony Duvert, non ?

Lolita est morte

27/12

Je crois que Frédéric Beigbeder a été TRES mal élevé, ce n’est pas sa faute, mais je pense que Frédéric Beigbeder est TRES mal élevé, ce qui est moins excusable.

Et ce pauvre Pivot qui se fait ramasser aujourd’hui pour son attitude envers Gabriel Matzneff avant-hier ! Bizarre ce réveil tardif de l’opinion qui, il est vrai, n’a pas les yeux en face des trous… mais Nanar c’est le tonton égrillard qui pelote ce qui traîne à portée de ses mains au dessert de la première communion de la petite dernière. Comme il a un pet dans l’aile (le beaujolpif !), on fait preuve d’indulgence, mais si l’on a un peu de mémoire, on fera gaffe pour le mariage de l’ainée.
Je me souviens  de son attitude face à Catherine Millet, il avait été – là encore – d’une inélégance rare… la version franchouillarde du « libertin » (Bernard Blier dans les Tontons flingueurs)… « Mousses et pampres ! »

Pourquoi les éditeurs qui sont si malins n’écrivent pas les livres de leurs auteurs ?

Incident sur la colline 192 de Daniel Lang (Allia), les journalistes français devraient le lire (pour apprendre à mesurer l’écart).

Un jeune homme chic d’Alain Pacadis (Héros-Limite), Saint Simon est très loin, on le regrette.

Mes cendriers de Florence Delay (Gallimard), Marie Antoinette fume, on s’en fout ! 


26/12

Je suis déçu lorsque Marie-Laure Dagoit ferme son compte Twitter et bêtement ravi lorsque je peux y accéder.

Once upon a time
The Anonymous Project

Quand je pense que, il y a déjà longtemps,
à peu près sûr de leurs réactions
(“Ça n’intéressera personne”…),
j’ai eu la flemme d’en parler aux éditeurs,
et que c’est un éditeur qui en a eu l’idée !

Même sur un sujet imposé, même sur un créneau minuscule (The Anonymous Project), la différence entre celui qui est un écrivain et celle qui ne l’est pas crève les yeux.

21/12

Journaliste d’investigation se demandant 
ce qu’elle a bien pu foutre de son exemplaire d’Alias Ali

20/12

Quand Mamelon vient nous servir à boire

La rentrée de janvier s’annonce bien
(on prend les mêmes et on recommence)

19/12

Copains d’avant

Par classe, il y en a toujours un,
celui qui prend des tartes à la récré

18/12

Maintenant, il faudrait sauver les librairies parce qu’elles animent les villes… comme les marchés de Noël ? les mimes ? les casse-couilles de la Cordillère des Andes ? les oies en bas de chez moi ?

Parce qu’ils le valent bien

les éditions P.O.L ont décidé 
de cryogéniser leurs auteurs

Jean Echenoz fait un burn-out

17/12

16/12

“Voilà la ville (Brest) qu’on dit avec quelques autres la plus affreuse de France”, Tanguy Viel (Paris-Brest, Les éditions de Minuit, 2009)

En ce moment, je lis Conduire sa barque d’Ursula K. Le Guin sous-titré “L’écriture, ses écueils, ses hauts-fonds : un guide de navigation littéraire à l’usage des auteurs du XXIe siècle”, publié chez Antigone 14
Passionnant, on dirait un article du Selection du Reader’s Digest !

14/12

Que le livre ne se vende pas pourrait être un enchantement : puisque ça ne se vend pas, autant se faire plaisir, c’est le contraire qui advient : puisque ça ne se vend pas, insistons !

En 2004, Arnaud Viviant avait persuadé le jury du Prix de Flore de ne pas voter
pour Ring en objectant que ce serait remettre le prix à un “vieux”
Quinze ans plus tard, je n’ai pas rajeuni, mais eux ont mangé cher.

12/12

Epuisé par la tournée des librairies
Jean-Paul Dubois se repose quelques instants

Leonora Miano ne croit plus trop
ce que lui raconte son attachée de presse

08/12

La Terre (de France) ne ment pas,

elle couronne l’élégance française :
le brushing, le sous-pull et les mocassins

07/12

Rentrée de Janvier

D’abord attendre que tombent les premiers papiers

06/12

« Si les éditeurs aiment tant Pivot […] c’est justement à cause de la base sacrificielle de son émission. Le fond “sadique” sur lequel elle repose. Ils veulent, bien sûr, les éditeurs, qu’on vende les livres de leurs auteurs. Mais plus encore, irrésistiblement, ce qu’ils désirent c’est qu’on les ravale, ces auteurs, à leur rang d’ilotes, trous-du-cul de cirque, gladiateurs de merde, serfs fouettés, nègres “marrons” des plantations punis après une tentative d’évasion.»

Philippe Muray cité par Jacques Drillon

1984

En fait, je pense que Bernard Pivot est méchant comme la gale (évidemment, tout le monde est persuadé du contraire). Il déteste les écrivains (sauf Jean d’Ormesson et Henri Vincenot qui n’en sont pas), il se venge sur eux de ne pas en avoir été un. Il a bien tenté le coup (L’amour en vogue, Calmann Lévy, 1975)  avant de prudemment renoncer. Je me souviens de sa dernière question lors de l’Apostrophes où j’avais été malencontreusement invité pour Lève ton gauche ! et où j’avais donc expérimenté, pour la première fois, l’humiliation de se faire le Visiteur Représentant Placier de son œuvre : “Et vous allez continuer ?”… sous-entendu : “Vous en êtes bien incapable, grand con prétentieux !”

05/12

Fabuleux, les éditeurs qui supplient la télé (que plus grand monde ne regarde) d’accorder plus d’importance au livre (que plus personne n’achète) !Bernard Pivot, le type “sympa” qui a inauguré l’ère de la “littérature spectaculaire”, s’esquivant du système des prix donnant des signes de fatigue (proportionnelle à leur multiplication).La librairie qui décline inexorablement, les lecteurs qui sont des lectrices, les jeunes qui ont autre chose à branler…Tous les voyants sont au rouge.

Ne reste plus que la cavalerie
(et ramper à plat-ventre) !

04/12


Tous ces gens qui ne lisent pas et qui achètent des livres à leurs enfants pour ensuite leur reprocher de ne pas lire.

Tous ces gens qui lisent des livres parlant de tondeuse à gazon.

Tous ceux pour lesquels on ne peut plus rien

Et tous ces gens qui lisent des livres de David Foenkinos.

Quelque part, Brecht parle de livres digestifs, il faudrait parler aujourd’hui de livres anxiolytiques.

L’humour sempiternel des auteurs Minuit.

L’écriture blanche en réalité transparente de ceux de POL.

Il m’arrive de confondre Philippe Sollers et Fabrice Lucchini

25/11

C’est Bécassine aux maniques  !
Et ce pauvre Plimpton qui trinque…

George Plimpton avait un gros défaut, il était doué pour tout, sauf qu’il n’a jamais eu les couilles d’aller à fond dans le domaine où il excellait : l’écriture. S’il fallait à tout prix lui trouver un équivalent français, on serait obligé d’aller le chercher du côté de Frédéric Beigbeder si Lafesse était Walter Mitty et Macron, JFK.
            Né dans l’Upper-Upper-Westside avec une cuillère d’argent dans la bouche, sa famille remontait aux passagers du Mayflower, son père sera ambassadeur auprès des Nations Unies, mais George Plimpton, au lieu de siroter des Martinis sur le pont en teck d’un yacht classe J, n’aura de cesse d’essayer d’être ce qu’il rêvait d’être, s’il avait pu abandonner ses privilèges de classe : un joueur de golf, de base-ball*, un trapéziste, un musicien, un tennisman… un boxeur !
            Handicap 18, il sera battu à plates coutures par Jack Nicklaus et Arnold Palmer, ne gagnera pas un point face à Pancho Gonzalez, s’esquintera une main en gardant les buts des Boston Bruins. 
Entre 12 cordes, il est célèbre pour avoir fait quelques rounds avec Archie Moore et pour avoir arrêté les frais aussitôt que son nez (pointu) a commencé à saigner. Il n’empêche que, dans ce domaine au moins, il a été plus loin qu’Ernest Hemingway qui gonflera tout le monde avec ses talents de boxeur sans jamais boxer pour de bon**… « La Vieille Mangouste » aurait pu tuer ce rejeton de l’Upper-Upper Class, éduqué à Cambridge et Harvard, elle a préféré le faire pleurer (le nez, ça se rode). Ce « reportage en immersion » ne sera pas la seule fantaisie réalisée par Plimpton, après s’être montré lamentable en quarterback des Detroit Lions, il sera applaudi par Leonard Bernstein pour une intervention au gong particulièrement énergique lors de l’exécution d’un concerto de Tchaïkovsky par le New York Philarmonic, se cassera la gueule du trapèze lors d’une représentation du cirque Clyde Beatty – Cole Brothers et se présentera bravement au crochet de l’Apollo de Harlem où il improvisera au piano alors qu’il ne savait quasiment pas jouer.
George Plimpton n’était pas que le dandy dont il aimait donner l’image, l’aristocrate qui adorait tirer des feux d’artifice, il a été (avec Peter Matthiessen et Harold L. Humes) l’éditeur de The Paris Review qui a publié, entre autres, des textes de David Barthelme, V.S. Naipaul, Philip Roth, George Steiner et David Foster Wallace et des interviews de Joan Didion, Ernest Hemingway, Isaac Bashevis Singer et Gore Vidal. Familier de la famille Kennedy, il sera témoin de l’assassinat de Robert par Sirhan Sirhan et fera quelques apparitions dans Laurence d’Arabie et Rio Lobo.
J’ai un certain faible pour lui, son charme et sa sophistication, sa fantaisie gaie, son dilettantisme cool, son invraisemblable accent snob, et ce d’autant plus qu’il a « plus ou moins » créé un genre de biographie (dite « orale ») en éditant celle d’Edie Sedgwick et en écrivant celle, tout à fait formidable, de Truman Capote*** sur le même principe que celui que j’ai adopté, sans en avoir connaissance, longtemps après lui, pour Alias Ali.

* pour Sports Illustrated, il inventera Sidd Finch, un pitcher bouddhiste

** Il aurait, soi-disant, passé un sale quart d’heure
en s’entraînant avec Gene Tunney, mais il n’en parlait jamais

*** Truman Capote : In Which Various Friends, Ennemies, Acquaintances and Detractors
Recall His Turbulent Career 
(Anchor, 1998)

22/11

Les éditeurs, il a toujours fallu tout leur expliquer

18/11

“En littérature, je suis contre l’idée d’un bon goût”, Karine Tuil. Seulement l’idée, Karine ?

16/11

L’opinion publique est en train de se rendre compte que James Ellroy est un gros con muni d’un melon d’une considérable circonférence, encore un effort et l’on se rendra compte que c’est un écrivain dont la valeur est inversement proportionnelle au diamètre du dit melon au carré.

L’Ellroy est à moitié découvert…

14/11

Devinette d’automne : qui peut avoir aussi mauvais goût que 12 vieux cons démagogues ? 2 000 lycéens niais.

Et moi alors, on m’oublie ?

13/11

Comme il ne faut jamais jurer de rien (et que tout ça, c’est des conneries), un jury 100% testostérone (celui de l’Interallié) a distingué l’un des plus mauvais livres de la rentrée… malencontreusement écrit par une femme.

Jelly, quoi ?
Jé li nik, ouais !

10/11

Au pays des merveilles et de Sibylle

le cerf est tendance

08/11

La littérature qui tourne à 2 500 tours/minute.

Un silence remarquable

Un confort exceptionnel

07/11

Ah, quand même !

Finalement, elles sont plus nombreuses que prévu
et c’est tant mieux.

06/11

J’allais, peinard, acheter ma brandade (fabriquée à Agen où la morue pullule) chez Leclerc, par la même occasion, je décide de jeter un coup d’œil à l’exposition Raymond Depardon en face. La salle est noire de monde, d’ordinaire elle est très vide, plongée dans la pénombre, un type gesticule sur l’estrade. Je me demande qui c’est ce clown, renseignement pris, c’est Francis Huster (qui, bien évidemment, a écrit un livre).

Je ne m’adresse pas au(x) lecteur(s), mon interlocuteur, c’est mon texte.

Je trouve étonnant que les “féministes” n’aient pas fait remarquer que tous les prix littéraires attribués jusque à présent ont été remis à des hommes alors même que 80% des lecteurs sont des lectrices.

Putain ! Elfride Jelinek, ça envoie !

4 sur 20

Chez Coiffard, en revanche,
les libraires sont presque tou(te)s des libraires

05/11

Ite missa est

Le jour même

Le lendemain

Amen !

04/11

Je connais (enfin !) un prix Goncourt. Il ne m’aime pas, moi non plus, ce qui est de peu d’importance.
Ce qui compte c’est qu’il soit à John Fante ce que Francis Cabrel est à Kris Kristofferson.
Ils seront des centaines de milliers de lecteurs à ne pas entendre la différence ni même à l’écouter (ce qui est dommage).
Je ne saurais trop vous recommander mon conseil du 18/09.

ELLES SONT VRAIMENT CONTENTES

Et que l’orthodontiste soit béni !

03/11

Elle ne dit pas “(Re)viens”, elle dit : “Viens !”, c’est drôlement bandant (on voudrait y être) et, comme toujours, ce qui est dit (moraliste, Ô combien) est le contraire de ce qui est dit.
Franchement (j’en vois qui ne suivent pas), elle vous dit “Viens !”… qu’est-ce que vous faites ?
Ce qu’elle dit, c’est “Jouis !” et personne ne l’écoute, y compris le premier intéressé (quel con !).

02/11

En littérature, j’ai une idole absolue :
Owen Farrell face au haka kiwi

Dans de semblables circonstances, ma mère avait l’habitude de dire :
“Parle à mon cul, ma tête est malade !”

01/11

Il y en a, peut-être, qui sont pas contents,
mais il y en a quelques-unes à qui ça fait drôlement plaisir

31/10

Couvertures Didier Paquignon

Z’avez vu l’astuce ?

30/10

Les petits boulots

28/10

“C’est un des livres les plus fins de la rentrée” (On ne peut pas tenir la mer entre ses mains, Laure Limongi, Grasset), Elise Lépine

“C’est le roman le plus ambitieux de la rentrée” (Solenoïde, Mircea Cartarescu, éditions Noir sur Blanc), Oriane Jeancourt Galignani

Bataille !

26/10

Convention d’amateurs de jazz

les hommes achètent des disques
les femmes achètent des livres

Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai l’impression
d’être le seul à trouver ça effroyable…
et j’en ai marre !

23/10

La réalité du terrain c’est le terrain de la réalité
(et inversement)

Et si l’on arrêtait de prendre les gens pour des cons
en confondant exemplaires vendus et exemplaires sortis ?

22/10

Nick est chez Papa Noël

Many thanks to Marie-Laure Dagoit

21/10

Mais où vont-ils chercher des idées pareilles ?

“Ce qui devait arriver est arrivé” (Sonny Liston)

Nick “Hellfire” Tosches est mort

Tosches (Nick)

 […] on ne l’aurait jamais attrapé à écrire sur Bruce Springsteen,
ni à devenir son manager.

Philippe Garnier

Entre autres caractéristiques pour le moins singulières, Nick Tosches pense qu’Elvis Presley a tué le rock and roll, il n’aime pas les Beatles (« Ils ont beau avoir des couilles, ce sont des filles »), il préfère Jerry Lee Lewis dont il a écrit une superbe biographie (Hellfire, Allia, 2001) et pas trop Cassius Clay (« Il n’était ni très drôle ni très original. Ses pitreries inoffensives collaient parfaitement aux media de l’époque »), il préfère Sonny Liston dont il a écrit une « biographie », Night Train (Rivages, 2002 ).
Bien qu’il soit la version un peu trop «bodybuildée” de son excellent article, «The Outlaw Champ» paru en février 1998 dans Vanity Fair, si Tosches tire un peu trop à la ligne, Night Train a l’intérêt de ne pas reproduire les propos rebattus dans les nombreuses hagiographies d’Ali, mais plutôt d’avancer des hypothèses moins sulpiciennes et plus marxistes : « Si la Nation de l’Islam était impliquée, c’était, selon toute vraisemblance, via un marchandage financier ».
Ça se tient.


                    Mille et une reprises (à paraître ?)

“Les prestiges me font hausser les épaules”, Patrick Lefebvre dit Charles Dantzig, candidat malheureux à l’Académie française.

“Des mots d’africain”, Nelly Kaprielian (à propos de Leonora Miano)… si l’Africain est une langue, il n’y a aucune raison à ce que musulman ne soit pas une race.

20/10

Enfin lu, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, c’est un bon bouquin pour ado, l’équivalent de La case de l’Oncle Tom, pas de quoi casser trois pattes à un canard.

A force d’obéir aux fans d’Echenoz qui me disent toujours (lorsque je leur fais part de mes préventions à son sujet) : tu devrais lire celui que tu n’as pas lu, je vais finir par m’être tapé les œuvres complètes du prodige. Le dernier en date… Ravel. J’avais été sensible à l’argument de je ne sais plus qui me disant : “Si Courir est si mal écrit c’est par fidélité à Zatopek qui courait tellement mal”, Ravel n’est peut-être pas un musicien formidable, mais enfin il avait quelques notions d’harmonie, Echenoz aucune. Ce n’est jamais franchement incorrect (le carreau ne dérape pas, il est “dérapant”), c’est bancal (les parois de la baignoire sont “élevées”) lorsque ce n’est pas affreusement convenu : “le jardin qui est un espace à trois côtés, herbu, pentu, bombé comme un triangle de fille”, c’est ça, mec ! démarre la tondeuse.

19/10

Croisé à Bordeaux un juré du Prix du réel, constaté qu’il se teignait les cheveux… bizarre ! mais, en même temps, n’oublions pas Lacan : le réel n’est pas le vrai.

Roman Photo (Le Pré aux Clercs) de Frédéric Fajardie, encore une fois liaison texte/image foirée… dommage !

Trouvé la première phrase d’un livre que je n’écrirai pas : “C’était un homme qui avait beaucoup servi.”

18/10

Charles Dantzig se vante, son Dictionnaire égoïste de la littérature mondiale n’est pas le plus gros livre (tu l’as vu mon pavé ?) publié par Grasset, Monstre de Doubrovsky fait 446 pages de plus (1696 à 1250), une paille !

06/10

Avant de s’engager, les lecteurs attendent la proclamation des prix

Vérification faite, François Bayrou a sorti la même salade à tous les auteurs du Salon du polar de Pau.

05/10

Mais, quel (gros) con !

En fait, ce type est pitoyable (un enfant et ses régouins),
on doit donc en avoir pitié ou lui foutre sa main sur la gueule.
Au choix.

Croisé Richard Morgiève au salon du polar de Pau… nous n’avons pas rajeuni, après s’être reconnus, on s’embrasse (il est très affectueux) avant que François Bayrou ne se pointe et récite un discours bête (puisque politique) : il n’aime que les polars se terminant bien et regrette que ce ne soit plus le cas aujourd’hui, ce en quoi il se trompe, tous les polars se terminent bien puisqu’ils tiennent un discours de réconciliation à leurs lecteurs : ce qu’ils croient être le vrai survient toujours, ce qu’ils pensent être le réel se vérifie constamment.

Quand je pense que personne n’a lu Mon beau Jacky, Le garçon, Sex Vox Dominam, ça me cloue !

Marie-Caroline Aubert (co-boss de la Série Noire) m’a appris qu’Olivier Bétourné (qui voulait me faire entrer au Seuil “par la grande porte” pourvu que je baisse le montant de mes à-valoir) ne me comprenait pas… au nom de quoi un éditeur devrait « comprendre” un écrivain pour le publier ? J’avais bien compris, moi (et un clin d’œil), que je ne pouvais pas faire confiance à un type portant des pantalons tricotés.

2020 est dans les tuyaux

Les “représ” font la connaissance de
la révélation de l’année prochaine

il est prévu, ensuite, un “buffet déjeunatoire”

04/10

Jacques Drillon, c’est pas toujours bon, mais souvent quand même.

“Libraire”, ça commence bien (“je lis, tu lis, il lit…”), mais ça finit par “braire”, non ?

Cette année Cécile Coulon et Jonathan Coe étaient en tête du Palmarès des libraires, l’année dernière Maylis de Kérangal et Zadie Smith avaient été distinguées.

Le spécialiste des formations dédiées aux métiers de la librairie

vous attend aux Rencontres Nationales de la Librairie

On comprend mieux en images…

Son of the Beach

Miki Dora, “rebelle flamboyant” d’après Frédéric Beigbeder,
un peu nazi sur les bords si l’on se renseigne mieux

03/10

La rentrée de janvier se prépare

Les personnages du dernier roman de Patrick Modiano : Roger Béavioure, Georges Brainos, Gérard Mourade… que dire de plus ?

Le triangle d’hiver de Julia Deck (Minuit), le fond de la cuve de la secte.
Extrait : “L’Inspecteur pique dans une noix de Saint-Jacques, la maintient à hauteur de ses lèvres pendant quelques secondes, observant cette matière molle et dépourvue de prise”, c’est exactement ça.

Le prochain…

02/10

Ça c’était avant…

28/09

La tresse, c’est la spécialité de la maison,
mais le bon moment, c’est le (bon) moment

avant l’heure, c’est pas l’heure

après l’heure, c’est plus l’heure

Chirac, c’était, soi-disant, dix minutes, douche comprise,
nous n’en sommes plus là, les chacals vont plus vite.

21/09

Compte là-dessus et bois de l’eau !

J’ai trouvé la bio de James Brown, Mets le feu et tire-toi de James McBride (Gallmeister) plutôt passionnante et plutôt bien traduite (pour une fois chez le spécialiste des barbarismes !) par François Happe. L’auteur est un peu trop bienveillant envers le Révérend Sharpton pour être honnête et assez bizarrement une séquence est répétée à trois ou quatre reprises comme si on n’avait pas compris la première, mais on s’en fout ! Enfin… moi, je m’en fous. Sur le même sujet, pour plus de détails et si l’on aime les images, on peut se procurer James Brown, L’Amérique noire, la Soul & le Funk de Florence Mazzoleni (Hors Collection éditions, 2005), à peu près 20 euros sur Amazon, sans doute moins chez un bouquiniste ou dans un vide-grenier.

James in Paris

“Olivier Rolin est une forte tête, avec des traits de caractère granitiques, à l’image de la pierre de Paimpol où il possède une maison”, J-R Van der Plaesten (Le Figaro Magazine). Extérieur monde (Gallimard), 11 231 sur Amazon.

On a “retrouvé” un inédit de Françoise Sagan, d’une forme confuse”, “raturé”, “inachevé”, “d’une faiblesse évidente” d’après Denis Westhof qui s’occupe des intérêts de sa mère et de la publication de ce texte dont il reconnaît avoir “rempli les trous, enlevé des paragraphes qui n’étaient pas à leur place”, effectué un “travail de lissage”, le tout avec l’aval de Plon.
C’est à n’y rien comprendre s’il y avait quelque chose à comprendre, Les quatre coins du cœur tiré à 70 ou 80 000 exemplaires est en 46e position sur Amazon !

19/09

Trop loin…

https://www.fnac.com/Salon-Fnac-Livres-edition-2019-c-est-reparti/cp34709/w-4

18/09

Sophie Fontanel (dont j’avais beaucoup aimé le premier livre : Sacré Paul, NiL, prix du premier roman, 1995 et qui a autant de cheveux que Santiago Amigorena) s’inquiète (elle a bien raison), son livre (Nobelle, Robert Laffont) est au fond des classements (9 148e) alors qu’elle est chroniqueuse mode à l’Obs et qu’elle a 190 000 abonnés sur Instagram ; elle a une solution, je ne crois pas qu’elle soit excellente (la crise est plus profonde). En revanche, plaisanterie mise à part, elle a tout à fait raison de s’inquiéter, le statut de l’auteur, serait-il prestigieux, ne lui épargne plus le bide, la critique dithyrambique, idem, que ce soit ceux dont on a entendu parler ou ceux dont on entend parler : même topo, à la trappe !Nathacha Appanah, 3 892ème, il y a deux jours sur Amazon, aujourd’hui après avoir fait la première partie de la Grande Table (France Culture) : 10 920e !
Jonathan Coe, Médicis 1998 : 563
Aurélien Bellanger, Prix de Flore 2014 : 3 901
Laura Miano, Goncourt des lycéens, 2006, Femina 2013 : 3 747
Olivier Rolin, Femina 1994, France Culture 2003 : 48 399
Santiago Amigorena, ex-mari de Julie Gayet, ex-compagnon de Juliette Binoche, couverture des Inrockuptibles, Renaudot prévu : 1 731
Monica Sabolo, Flore 2005 : 4 952
Cécile Coulon, prix des Libraires, 2017, prix littéraire du Monde, 2019 : 770
Jean Paul Dubois, Femina 2004, favori du Goncourt : 457
Yann Moix, Renaudot 2013 : 359
Lionel Duroy, Renaudot des lycéens, 2012 : 1 312
Marie Darrieusecq, Médicis 2013, Prix des prix : 1 402
Luc Lang, Goncourt des lycéens 1998 : 10 822
Laurent Binet, Goncourt du premier roman 2010 : 1 078
Sorj Chalandon, Grand prix du roman de l’Académie française 2011, etc : 690
Jean-Philippe Toussaint, Médicis 2005, Décembre, 2009 : 806
Valentine Goby, Grand prix des libraires 2014 : 12 346
Kaouther Adimi, Renaudot des lycéens : 11 476
Olivier Adam, Prix des libraires 2015 : 3 133
Régis Debray, Grand prix littéraire de l’Académie française 2019 : 1 601
Michel Deville, Femina, Prix des prix 2012 : 20 087
Jean-Noël Orengo, Flore 2015 : 11 724
Emmanuelle Pireyre, Médicis 2012 : 129 644
Bérangère Cournut, Prix Fnac 2019 : 3 399

C’est drôle comme Guignol, sauf qu’en fait, c’est pas drôle et pour aucun des “acteurs” ; que d’ex-“stars” se retrouvent au fond du classement veut dire qu’elles n’ont été stars que parce que le système des prix les a gonflées comme des baudruches ; que l’on ne suit pas un écrivain, on est fidèle à une marque ; ça veut dire que le marché a tellement été ruiné par les uns et par les autres qu’il n’est plus qu’un champ de ruines, que le public s’est évaporé, que la vapeur se dépose dans des recoins bizarres après avoir décrit des volutes aléatoires, que la survie des éditeurs ne tient qu’à un fil (un vague succès et l’année est sauvée), que personne n’est plus capable de maîtriser quoi que ce soit, que les auteurs en sont à courir les petits boulots et à s’empiffrer aux buffets des sous-préfectures pour tenir la semaine, que la critique se branle à sec, que tout repose sur une bulle qui ne demande qu’à exploser (si ce n’est déjà fait), l’industrie du livre qu’à péricliter (c’est fait), la littérature à disparaître (ça vient).
Evidemment, le classement Amazon n’est qu’un “indicateur”, il n’a pas de valeur exacte, mais si l’on consulte les sites de vente “à la caisse”, c’est la même limonade, d’après Edistat, sur les 200 meilleures ventes de la semaine du 2 au 8 septembre, on relève dix titres de la rentrée (dont Mas, Moix* et Nothomb), c’est peu, si l’on compare aux 190 autres, c’est carrément catastrophique.

* 12 000 ventes sur 42 000 mis en place… bonjour les retours ! dont on ne parle jamais et qui ruinent l’éditeur plus que les à-valoir dont ils se plaignent tant.

Ne lisez pas le Goncourt,
tapez-vous la bibliothécaire

16/09

“Rentrée littéraire 2019 Nos 15 coups de cœur”, Le Figaro Magazine, 30-31 août

Deux semaines plus tard, faisons suivre, ceux qui ont tout de même été plus ou moins distingués par la critique, de leur classement actuel sur le baromètre des ventes Amazon

François Armanet, Les minets (Stock), 24 442
Patrick Deville, Amazonia (Seuil), 13 770
Claudie Hunzinger, Les grands Cerfs (Grasset), 4 631
Jean Le Gall, L’île introuvable (Robert Laffont), 20 514
Karine Tuil, Les choses humaines (Gallimard), 206
Cécile Coulon, Une bête au paradis (L’Iconoclaste), 601
Jean-Paul Dubois, Tous les homme n’habitent pas le monde de la même façon (L’Olivier), 369
Jean-Luc Coatalem, La part du fils, (Stock), 4 576
Astrid Eliard, La dernière fois que j’ai vu Adèle (Mercure de France), 66 688
Sylvain Coher, Vaincre à Rome (Actes Sud), 8 998
Stéphane Fière, La campagne n’est pas un jardin (Phébus), 21 795
Laurent Maréchaux, L’Appel (Pierre-Guillaume de Roux), 163 334
Nathacha Appanah, Le ciel par-dessus le toit (Gallimard) 3 892

Interrogés à ce sujet,
les éditeurs nous déclarent :
“C’est pas moi, c’est l’autre !”

Les écrivains ferment leur gueule,
et les critiques sont passés à autre chose.

Moi, tout ce que je dis, c’est qu’il faudrait, peut-être, se sortir les doigts du cul !

15/09

Je ne me souviens plus si j’ai mis en ligne ce texte publié le vendredi 3 Août, 2001 dans l’Humanité, je le remets donc… au cas où.

Mon éditeur est sympa !

Qu’est-ce que j’ai donc fait au Bon Dieu pour finir en prophète éditorial (“La voûte plantaire de Loana va-t-elle résister à la pression médiatique ?” “Dans un pays où les dealers et les brocs ont du cash plein les fouilles, si le président et les ministres en ont aussi, cela nuit-il, et à qui ? ”) en quatrième de couv’ de l’Huma ? Douze métiers, treize misères. Huit livres, neuf éditeurs*.
Je n’ai jamais su ce qui m’épatait davantage de leur part : l’obstination aveugle à refuser ce que je leur soumets ou l’acharnement mis à publier des ouvrages qui, selon leurs propres dires, et une fois les comptes faits, les laissent exsangues.
J’ai tout d’abord fait leur connaissance au travers de la correspondance qu’ils m’adressaient : trois kilogrammes de circulaires de refus, avant de voir publier mon premier livre. Curieusement, lorsqu’ils refuseront le second, ce sera pour regretter de ne pas avoir publié le premier. Et ainsi de suite. Un bon livre pour un éditeur est toujours celui qu’il aurait publié volontiers si vous ne l’aviez pas publié chez un confrère ; le suivant, qu’ils ne publieront pas, devant être édité, de préférence, chez un collègue.
Lorsque l’on rencontre l’intéressé, deux cas de figure se présentent : soit il vous paraît sympathique, soit non. La dernière occurrence est à privilégier puisque, n’ayant ni les mêmes exigences ni les mêmes intérêts, un auteur ne peut jamais être l’ami de son éditeur (l’éditeur le sait bien qui n’a de liens qu’avec la phynance). Le fait qu’il soit antipathique (ne pas s’inquiéter outre mesure, ils le sont à peu près tous) facilite donc grandement la suite des opérations.
Les premiers rapports que l’on entretient avec son éditeur rappellent l’état de grâce qui précède la première copulation commise avec une hystérique. Ainsi, l’éditeur vous confiera très vite que ses auteurs sont tous des minables, et vous-même un phénix. Bien évidemment, il procède de la même façon avec le vaniteux qui poireaute dans l’antichambre. L’hystérique est souvent nymphomane.
Vient ensuite le temps où l’on se penche ensemble sur l’objet du délit, ce qui rapproche (physiquement) et éloigne (intellectuellement). Comme l’éditeur est, aussi, un écrivain considérable du genre qui n’écrira jamais, on se doit de perpétuellement l’approuver si l’on ne veut pas risquer de voir les choses se gâter et son avance revue à la baisse ; à moins que l’on ne choisisse de lui soumettre un manuscrit volontairement truffé de barbarismes dont il se fera gloire de débusquer un bon tiers.
On peut déduire de ce qui précède la règle d’or à ne jamais transgresser : l’éditeur a toujours raison. La preuve : il se trompe régulièrement, ce qui lui donne la légitimité incontestable que confère toute autorité exercée autoritairement.
Pour clore les débats et couronner le tout, deux ans plus tard, l’écrivain reçoit le relevé de ses droits. Il est alors temps pour lui de se mettre à la recherche de la perle rare : un éditeur encore moins sympa que le précédent.
J’en suis là. Bien décidé à mordre la main qui me nourrit.

* Désormais dix-neuf (livres), quinze (éditeurs)

14/09

Ceux qui  écrivent en ligne droite, mais qui sont infoutus de négocier un virage.

La meilleure part des hommes de Tristan Garcia refusé cinq fois alors que ce sont les suivants qui auraient dû l’être.

Laisse tomber, c’est la rentrée !

“[…] pour un Américain blanc, c’est très difficile d’avoir le Nobel,
Je suis Juif, j’ai peut-être une chance.”

Philip Roth

Et si l’on confondait Léonora Miano et Toni Morrison, à défaut d’un Nobel, ça pourrait faire un Goncourt, non ?

13/09

Milladiou…

ça va saigner !

Ce qui m’étonne beaucoup, c’est le silence qui règne rue des Saints-Pères, repaire connu des grandes gueules, des punks à chien et des gauchistes extrêmes…

Une absence remarquée…

http://auteurs.lelivresurlaplace.fr/?recherche=Roux+Fr%C3%A9d%C3%A9ric

encore une autre (au hasard)…

https://docs.wixstatic.com/ugd/54d3fc_cf46e98737494f72bacb175ba643ebab.pdf

02/09

Si Charles Juliet n’avait écrit que la première partie de Lambeaux (P.O.L, 1995), il aurait écrit un chef-d’œuvre ; s’il avait publié la deuxième partie séparément, il aurait écrit un bon livre ; en publiant les deux ensemble, il a écrit un très bon livre.

Eric Miles Williamson

On risque rien d’essayer, juste être déçu,
les ennemis de vos ennemis ne sont pas forcément vos amis

J’ai pensé que, si le navet de Desplechin (Roubaix, une lumière) était si mauvais, c’est que le scénario avait été écrit par Karine Tuil, renseignement pris, pas du tout. Toujours est-il que, même si Tuil échoue encore au Goncourt (il y a quelques années, elle a quitté Grasset pour Gallimard dans l’optique de le gagner), je ne crois pas que Roschdy Zem et Sara Forestier échapperont aux Césars.

01/09

Je tiens tout de même à rappeler à mes différents éditeurs que, moix aussi, je suis un enculé.

31/08

Moix, c’est comme Nabe, mais râblé.

Véronique Olmi ressemble à Fairouz.

Prochaine rentrée littéraire (2020) : deux ou trois romans sur les incendies en Amazonie et un truc étrange (un OLNI !!!) sur le classement des ronds points au patrimoine mondial de l’humanité, le clonage de lapins bio et une mère porteuse inuit transgenre travaillant pour Deliveroo.

Retrouvé un “projet” (Ça suffit !) daté du 13 mars 2003 adressé à Sandrine Palussière.
Les dix têtes de chapitre (constituant les dix commandements de la modernité telle que je la concevais) devaient s’intituler

Croire que Dieu est humaniste
Vivre d’images et de vin de garage
Admirer les surhommes
Suivre les conseils des bons libraires
Aimer l’art
Embrasser son patron avant qu’il ne vous licencie
Hanter les centres commerciaux
Apprendre en jouant
Obéir aux spécialistes dans l’espoir d’en devenir un soi-même
Reste jeune, confondre les genres et refuser la douleur.

C’était pas mal vu, je ne sais pas pourquoi ça ne s’est pas fait… une histoire de fric, je suppose.

16/08

4… 3… 2… partez !

“La peste qui occupait Bordeaux en 1585 a changé de nom et
s’appelle l’ennui – l’ennui que la fureur n’a jamais guéri.”

Raymond Guérin

15/08

Mary d’Emily Barnett (Rivages, 2015) est intéressant à plus d’un titre, il l’est, surtout, comme symptôme, celui de la contamination de la langue (française) par la (mauvaise) traduction. Des phrases comme : “L’immersion de son corps dans l’eau de la baignoire lui fit du bien. Ses chairs s’amollissaient, renouant avec leur condition primitive, un liquide premier, amniotique, d’où s’échappaient des fumets de miel et de lavande*” semblent tout droit sorties d’un “book’in” des éditions Gallmeister. Elles sonnent presque toutes faux, à un moment donné, j’ai même cru à une volonté de l’auteur de procéder de la sorte. Il semblerait que ce ne soit pas le cas. 
Il faudra, un jour, s’inquiéter non plus de l’envahissement de la librairie par la traduction, mais de celle de la langue indigène contaminée par le globish-boulgash anglo-saxon. Evidemment, pour se débarrasser du problème (ne rien entendre/ne rien dire), on peut replier cette inquiétude sur la paranoïa ou même sur des notions encore plus réactionnaires comme le “grand remplacement” ;  je crois que l’on aurait tort de sous-estimer les effets de cette tendance et tout à fait raison de se méfier de ses développements possibles.

traduction : “Se baigner lui a fait du bien.”

14/08

En 1993, Emmanuèle Bernheim remportait le Prix Médicis avec Sa femme (Gallimard), un court texte dont l’incipit est “On lui avait volé son sac”.
Trente feuillets, quelquefois, c’est encore trop ! Les nombreux chapitres (qui n’en sont que plus brefs) s’achèvent par des phrases poétiques et définitives à la fois, comme : “Elle s’apprêta à accueillir la malade suivante, une otite” (elle est médecin) ; “L’automne et l’hiver étaient ses saisons préférées” (l’été, c’est la canicule, le printemps lui colle des boutons) ; “Ils mangèrent les dernières côtes de porc, et se quittèrent tôt” (c’est la fête !) ; “Les frites étaient si bonnes qu’elle en commanda une seconde portion” (l’orgie) ; “Il buvait sa salive” (pas mal) ; “A côté du lavabo, il y avait de la place pour une machine à laver” (au poil !) ; “Dorénavant, elle fermerait à double tour le premier tiroir de son bureau” (deux précautions valent mieux qu’une) ; “Dès qu’elle lui ouvrait la porte, ils s’enlaçaient” (salope !).
La der des der c’est : “Et elle sourit”. Moi aussi.

09/08

Toni Morrison, suite et fin : Rumaan Alam (noir pâle et gay) avance l’hypothèse qui me semble la plus juste à propos de Toni Morrison, elle serait, et dans le même mouvement, surestimée (l’Oracle ! la Grande Dâââme des lettres, le giron tapissé de récompenses comme un maréchal soviétique ! la Sainte patronne ! la vache sacrée ! l’infirmière en chef ! la pythie de Princeton ! la Maîtresse de la métaphore ! celle dont on imprime les truismes sur les tote-bags) et sous-estimée (l’écrivain afro-américain qui a tenté une voie pas facile entre le Noir reprenant les codes blancs jusqu’à devenir transparent et celui qui noircit tellement sa prose qu’aucun Blanc n’y pige pouic). Son image devenue tellement forte qu’elle fait disparaître son travail littéraire (difficile forcément difficile).

Tout cela, sans compter que, bien évidemment,
s’il faut en croire les Muriel Pénicaud et consorts,
le Noir a le rythme dans la peau, Toni a besoin d’un bon soutif ;
le New York Times faisant, sans nul doute, preuve d’un double racisme
en publiant ce cliché du premier prix Nobel afro-américain de l’histoire
assignant l’écrivain à son corps de femme noire

D’après Jonathan Coe, “quand vous parlez à des écrivains, vous devez toujours vous rappeler que ce ne sont pas des gens normaux”… ça va pas la tête ! ils sont plus normaux que normal, vous pouvez être surpris par n’importe qui, jamais par un écrivain. C’est bien le problème.

08/08

Séismes dans le monde des lettres : la libraire émue aux larmes par Sorj Chalandon a perdu son chat, Josyane Savigneau aussi (à Oléron).

Alina Gurdiel est un peu en avance

Franck Riester, un peu en retard

Affaire Pénicaud/Morrison, suite, Alain Mabanckou s’est montré plus modéré que les hystériques de réseau en déclarant gentiment qu’il pardonnait à la Ministre puisqu’elle avait l’excuse de l’ignorance.
Ce faisant, il ne se préoccupe pas du sort du stagiaire responsable qui va repartir étudier la langue de bois vernis polyester dans une sous-préfecture éloignée. Dans quelques années, on le verra (ré)apparaître lors d’une rentrée littéraire quelconque où il sera qualifié d’ancienne “plume de Muriel Pénicaud”.
A ce sujet, on peut s’étonner qu’une ministre efface l’un de ses écrits sous la pression de l’opinion et de l’efficacité de cette méthode qui rend l’erreur plus voyante encore.

07/08

Je suis tout à fait d’accord pour soutenir les employés d’Amazon dont je suis persuadé qu’ils sont, effectivement, exploités et sous-payés, mais ils sont payés, à l’inverse de tous les stagiaires de la librairie indépendante censée symboliser la vertu et dont les bien-pensants se soucient peu du sort.

Muriel Pénicaud vient de se faire incendier par la twittosphère pour un mail maladroit (sans doute écrit par son stagiaire ENA ou par un robot compilant les truismes en usage sur Twitter) à propos de la mort de Toni Morrison. Ce qu’elle y avançait c’est ce qui a été écrit par 99% des médias français recopiant les banalités de base (stupides, forcément stupides) la concernant : Toni Morrison aurait fait entrer les “Noirs par la grande porte dans la littérature”. C’est du niveau du Lagarde et Michard, con et colonial, mais personne n’est obligé de bien connaître la littérature afro-américaine. Pas de quoi provoquer un scandale surtout lorsque l’hommage est emballé dans un glaçage dégoulinant de bons sentiments : “très grande dame… bla ! bla ! bla !”
A peu près tout le monde a écrit qu’elle était “descendante d’esclaves”… comme à peu près tous les Afro-Américains, je le suppose ; en revanche, c’est moins pittoresque, elle était issue de la classe ouvrière.
Toni Morrison était une personne fort respectable garée du bon côté de l’avenue du Bien, elle a écrit quelques bons livres et d’autres beaucoup plus faibles (ses “quotes” pourraient illustrer des assiettes décoratives) ; en tant qu’éditrice, elle s’est faite enfumer par les Black Muslims pour la biographie de Muhammad Ali ; si elle avait été plus claire de peau, elle aurait attendu quelques années supplémentaires pour obtenir le Nobel ; lui conférer le statut de “trésor national” comme l’a avancé Barack Obama est, peut-être, légèrement exagéré, quant à lui consacrer colonnes sur colonnes dans la presse française, on verra la place prise par Marie N’Diaye (ou Annie Ernaux) dans celles du New York Times.

Philippe Jaccotet ressemble à Pascal Bruckner. Physiquement.

Comme dit une future lectrice de Sorj Chalandon, “Je sens que je vais être bouleversée” :

“J’ai imaginé renoncer. La voiture était à l’arrêt. Brigitte au volant, Melody à sa droite. Assia et moi assises sur la banquette arrière. Je les aurais implorées. S’il vous plaît. On arrête là. On enlève nos lunettes ridicules, nos cheveux synthétiques. Toi, Assia, tu te libères de ton voile. On range nos armes de farces et attrapes. On rentre à la maison. Tout aurait été simple, tranquille. Quatre femmes dans un véhicule mal garé, qui reprendrait sa route après une halte sur le trottoir.
Je n’ai rien dit. C’était trop tard. Et puis je voulais être là.”

Sorj Chalandon, Une joie féroce, Grasset, 2019

J’ai pensé, ça suffit ! La voiture à cheval sur le trottoir, Brigitte au volant, Melody à la place du mort, Assia et moi sur la banquette arrière. Si j’avais dit : on arrête les frais, on enlève les lunettes noires, les perruques, on range les flingues en plastique, vire ton voile, Assia ! on rentre chez nous, tout aurait été plus simple… quatre femmes dans une voiture qui redémarre, mais je voulais être là, alors je n’ai rien dit.

Traduction, Frédéric Roux

Autrement, j’ai ça en stock : “J’ai projeté de me dessaisir. Le véhicule automobile était immobile. A l’avant, Dame Brigitte était située dans la position du conducteur, Mademoiselle Melody, pour sa part, était positionnée à sa dextre. Assises également comme le duo antérieur, moi-même et Assia partagions la banquette postérieure. Je songeais à les invoquer : par pitié, cessons ! Fi de ces lorgnons grotesques, de ces chevelures de substitution en matériaux de synthèse. Et toi, Assia défais-toi de cette mantille ! Litons ces instruments de combat factices, effectuons un retour en nos lares ! Tout en aurait été plus équanime et partant plus bonhomme, rien d’autre qu’un quatuor de filles d’Eve installées dans un équipage fautivement stationné reprenant  son chemin après avoir effectué une pause sur la plateforme piétonne de l’artère.” 

“Une génération va, une génération vient, seule la terre subsiste à jamais” (Ecclésiaste, chapitre 1, verset 4)… même pas sûr !

06/08

Les petits boulots

“s’écrire” (sic), “exprimer” (une parole de soi !), “structurer, travailler”…
Rien que des trucs qui font rêver !

Listes

Le public adore ce genre d’exercice en forme d’inventaire ; ça le rassure : « Les 100 romans du Monde » (d’Angot, Christine à Zorn, Fritz), « Les 50 Français les plus influents du monde » d’après Vanity Fair (victoire au sprint de Christine and the Queens devant JR, Emmanuelle Haïm, chef d’orchestre, lanterne rouge derrière Sabrina Bedrani, maquilleuse) ; « Les 45 mecs qui font bouger le monde et bousculent nos idées » d’après Grazia, pêle-mêle : Xavier Veilhan, Mathieu Pigasse, Edouard Louis et La Femme) ; « Les 50 types les plus élégants des 50 dernières années » d’après GQ (Marcello Mastroianni, mais aussi Björn Borg, Hubert de Givenchy, mais aussi Kurt Cobain, Brian Ferry, mais aussi André 3000, Sean Connery, mais aussi Bob Dylan, Gianni Agnelli, mais aussi Michael Jordan, Warren Beatty, mais aussi François Truffaut, Jean-Claude Killy, mais aussi George Best, Muhammad Ali, mais aussi Johnny Depp ) ; « Les 100 meilleurs livres de sport » selon Desports (sur la boîte : Le combat du siècleRouge ou mortet Le Football, ombre et lumière). Comme au marché aux puces, le badaud peut se réjouir : « Je l’ai (lu, écouté, vu, acheté) ! » ou se dire qu’il a encore du pain sur la planche, qu’il va falloir qu’il s’abonne à Netflix, qu’il continue de dériver sur Amazon, que le labyrinthe de la marchandise est sans issue… qu’on se fout de sa gueule !
La boxe se prête particulièrement bien à ce genre d’exercices, lorsque RingMagazine a publié la liste des 100 plus grands puncheurs de tous les temps allant de Joe Louis à Charley White, les fans se sont rués sur elle pour s’écharper à son propos. Evidemment, comme toutes les listes de ce genre, le résultat est hautement discutable : les poids lourds y sont sur-représentés (Buddy Baer, le frère de Max, n’a pas rencontré grand monde si ce n’est Joe Louis qui, à cette époque, rencontrait une cloche tous les mois) ; on peut se poser des questions sur la présence de Leotis Martin ou même sur celle de Jim Jeffries qui n’a pas disputé vingt combats durant toute sa carrière) ; on se demande ce que certains font là : Tommy Ryan, Bob Satterfield, Ike Williams ou Paul Berlenbach par exemple.
La liste fait la part belle d’un côté à des boxeurs « mythiques » et d’un autre à des boxeurs en activité lorsque la liste a été publiée, qui n’y figureraient plus si l’on répétait l’exercice aujourd’hui (Prince Naseem Hamed, David Tua ou même Evander Holyfield…) et seraient remplacés par d’autres tout aussi discutables. Elle n’évite pas le « politiquement correct », tout en faisant l’impasse sur les boxeurs d’Europe continentale, exception faite d’Ingemar Johansson (dont la droite avait été surnommée « Le Marteau de Thor ») distingué, sans doute, pour avoir anesthésié Floyd Patterson qui ne demandait que ça. C’est la preuve s’il en est que la boxe est un sport américain (surtout aux yeux des Américains).
On peut regretter l’absence de certains, contester le classement, cela peut être l’objet de conversations sans fin, de querelles byzantines et l’occasion pour ceux qui aiment ça d’étaler leur science. Cela peut donner lieu, aussi, à des échanges fleuris et, pour peu que les arguments manquent, à de jolies parties de mandoline.
— Si ma tante en avait ce serait mon oncle !
— Ma tante, elle t’encule, et sans gode !
Mousses et pampres !
Corso fleuri !
Cul sec !
L’un des intérêts de cette liste c’est qu’elle permet de se souvenir de légendes oubliées : Jimmy Wilde (mort aveugle et dans la misère), jamais champion puisque noir à une époque où les boxeurs blancs n’acceptaient pas volontiers de rencontrer leurs collègues de couleur ; Kid McCoy (« The Real McCoy ») qui s’était couché devant Jim Corbett pour empocher les paris, emprisonné pour meurtre et qui se suicidera pour ne pas assister à la Seconde Guerre mondiale.
Pour finir, elle vérifie la « fragilité » des vrais puncheurs : Bob Foster (46 victoires par K.-O. en 56 combats), six fois K.-O. pour huit défaites ; Danny Lopez (39 victoires par K.-O. sur 42), cinq K.-O. pour six défaites ; Edwin Rosario (41 victoires par K.-O. sur 47), idem ; Wilfredo Gomez (44 victoires dont 42 par K.-O.) a été battu trois fois dans sa carrière et toujours par K.O. ; Julian Jackson (49 K.O. pour 55 victoires), six défaites, toutes par K.-O. ; idem pour Battling Torres (46 victoires par K.-O. sur 56 combats), neuf défaites, toutes par K.-O.
En 2002, Ring Magazine a publié une autre liste : les 80 meilleurs boxeurs des 80 dernières années qui allait de Ray Sugar Robinson à Harold Johnson, elle souffre des mêmes défauts que la première.
Un seul boxeur européen y figure : Marcel Cerdan.
En 1999, le même magazine (pas de raison de se gêner, c’est le genre de marronnier qui fait vendre du papier… dans le genre des « Spécial immobilier » de nos hebdomadaires polychromes  L’Express ! Le Point ! L’Obs !) publiait la liste des 20 meilleurs boxeurs du XXe siècle (on prend les mêmes et on mélange) qui allait de Muhammad Ali à Kid Gavilan. Deux ans plus tard, « La Bible de la boxe » publiait la liste des 12 rounds les plus excitants de l’histoire : vainqueur, le premier round de Benny Leonard/Richie Mitchell II (14 janvier 1921), lanterne rouge : le dixième round Riddick Bowe/Evander Holyfield I (13 novembre 1992)
Pour compléter cette liste de listes, Andrew Eisele publiera sur le site About Sports la liste des 50 boxeurs les plus « excitants » des cinquante dernières années, premier : Mike Tyson devant Manny Paquiao, dernier : Johnny Tapia derrière Félix Trinidad. Cette liste a l’avantage sur les autres d’être toute entière subjective. Preuve que même la subjectivité (surtout celle des autres) se discute, je trouve bizarre d’y voir figurer Carlos Monzon à la vingt-quatrième place alors qu’il m’a toujours semblé être un boxeur mortellement ennuyeux.
Comme il fallait bien que quelqu’un se charge de collationner tous ces dossiers, équivalents de ceux qui font régulièrement la couverture des hebdomadaires polychromes (« Les meilleurs placements », « Les lycées les plus performants », « Les meilleurs hôpitaux », etc), Bert Randolph Sugar et Teddy Atlas le feront en publiant The Ultimate Book of Boxing Lists (Running Press, 2010) qui tient du manuel d’histoire, de l’annuaire, de l’encyclopédie et des miscellanées. Ils se feront seconder, pour venir à bout de cette compilation, par une pléiade de connaisseurs et d’éminents spécialistes : Muhammad Ali (« Les 10 meilleurs champions du monde poids lourd », « Les plus grands championnats du monde poids-lourd ») ; Don Stradley («  Les combats les plus “sales” ») ; Ray Sugar Leonard (« Mes dix plus durs combats ») ; Tommy Hearns (« Les cinq raisons pour lesquelles j’ai gagné le combat-revanche contre Ray Sugar Leonard ») ; Earnie Shavers (« Les 10 coups les plus violents que j’ai envoyés ») ; George Chuvalo (« Les coups les plus violents que j’ai encaissés ») ; Lou Eisen (« Les meilleurs boxeurs canadiens ») ; Ruben Olivares et Gene Aguilera (« Les meilleurs boxeurs latinos ») ; Gareth Davies (« Les meilleurs boxeurs britanniques ») ; Steve Farhood (« Les meilleurs frères boxeurs ») ; George Randazzo (« Les meilleurs boxeurs italo-américains ») ; Bill Gallo (« Les boxeurs que je préfère dessiner ») ; Chuck Wepner (« Les autres vedettes de cinéma que j’aurais voulu inspirer ») ; Angelo Dundee (« Les meilleurs entraîneurs ») ; Bob Cannabio (« Les puncheurs les plus valeureux ») ; Mike Silver (« Les meilleurs boxeurs juifs ») ; Ed Schuyler Jr (« Les meilleures histoires des 50 dernières années ») ; Iran Barkley (« Mes boxeurs favoris de tous les temps ») ; Michaël Rosenthal (« Les familles de boxeurs les plus formidables ») ; Mario Rivera Martino (« Les meilleurs boxeurs portoricains ») ; Bill Farrell (« Les meilleurs vainqueurs des Golden Gloves ») ; Ernie Terrell, le frère ainé de Jean Terrell, soliste des Supremes, cousin de Tami Terrel dont la mort brisera le cœur de Marvin Gaye (« Mes chanteurs favoris ») ; Harold Lederman (« Les décisions les plus controversées ») ; Royce Feour (« Les meilleurs combats ayant eu lieu à Las Vegas »).
Bert Randolph Sugar et Teddy Atlas se réserveront des entrées aussi différentes que « Les meilleurs surnoms » (vainqueur : « The Greatest », Muhammad Ali) ; « Les personnalités les plus pittoresques » (vainqueur : Max Baer) ; « Les plus intelligents » (vainqueur : Benny Leonard) ; « Les meilleurs gauchers » (vainqueur : Marvin Marvelous Hagler) ; « Les plus rapides de bras » (vainqueur : Ray Sugar Leonard) ; « Le meilleur jab » (vainqueur : Tommy Loughran et non pas Larry Holmes ni Sonny Liston dont le gauche avait à peu près la puissance d’un fusil à saccager les éléphants) ; « Les meilleurs encaisseurs » (vainqueur : George Chuvalo) ; « Le meilleur jeu de jambes » (vainqueur : Willie Pep) ; « Celui qui frappe le plus » (vainqueur : Archie Moore et non Earnie Shavers) ; « Les plus fragiles » (vainqueur : Sylvester Wilder et non Floyd Patterson) ; « Les meilleurs films de boxe » (vainqueur sans surprise : Raging Bull) ; « Ceux qui frappent le moins » (vainqueur : Maxie Rosenbloom) ; « Les plus sous-estimés » (vainqueur : Charley Burley, une mention pour Marcel Cerdan qui échoue au pied du podium) ; « Les meilleurs défenseurs » (vainqueur : Willie Pep) ; « Les plus grosses surprises » (vainqueur : Buster Douglas) ; « Les meilleures chansons sur la boxe » (vainqueur : Gonna Fly Now ) ; « Les come-backs les plus réussis (vainqueur : George Foreman) ; « Le meilleur crochet  du gauche » (vainqueur : Jack Dempsey et non Joe Frazier ou Ray Sugar Robinson) ; « Les meilleurs techniciens » (vainqueur : Ray Sugar Robinson) et, il fallait bien finir par ça : « Le meilleur des meilleurs » (vainqueur : Ray Sugar Robinson).
Difficile de ne pas être « à peu près » d’accord avec les auteurs (un bémol tout de même pour Sam Langford classé seulement huitième des boxeurs les plus sous-estimés), on peut évidemment, pour faire le malin à moins que l’on ne veuille prolonger la soirée, être plus snob ou byzantin et s’étonner de l’absence de Lloyd Hefner.

« Rien au monde n’est assez unique pour ne pas pouvoir entrer dans une liste », Georges Perec ; « Nous avons causé métier, évoqué les gros puncheurs et les cogneurs sans jugeote, comparé nos listes respectives des dix meilleurs poids coq et poids léger mexicains », James Ellroy.

Entrée“ Listes” in Mille et une reprises, à paraître en 2020 aux éditions Grasset (?)

03/08

“Mais mon cher ami, je suis très malade, j’ai besoin de certitudes et de repos. Si Monsieur Grasset édite le livre à ses frais, il va le lire, me faire attendre, me proposer des changements, de faire des petits volumes, etc. Et aura raison au point de vue du succès. Mais je recherche plutôt la claire présentation de mon livre”, Marcel Proust (lettre à René Blum).

“Car votre main s’est posée sur moi comme celle du bandit sur sa victime ou comme celle de la loi sur le bandit,
et depuis lors je souffre, ignorant, ignorant de ma fatalité, ignorant si je suis jugé ou complice,
de ne pas savoir ce dont je souffre, je souffre de ne pas savoir quelle blessure vous me faites et par où s’écoule mon sang.”

Dans la solitude des champs de coton (Bernard-Marie Koltès, Minuit, 1986), la prétention macaronique et la suffisance ampoulée impossible à départager à la photo-finish. Ça peut faire penser à du Victor Hugo gonflé au gaz hilarant, à une caricature de Jean Genêt (qui n’a pas besoin de ça). Peut-être potable au théâtre, mais je n’aime pas le théâtre et encore moins les acteurs… (“la différence avec les putes ? ils embrassent”, sans compter qu’ils gueulent).

02/08

J’aime beaucoup les tweets de Claro, j’avais beaucoup aimé sa descente en flammes des prétentions “stylistiques” de Philippe Djian in Le Monde, je soutiens son soutien à la littérature difficile/différente, le problème étant que je n’ai pas pu finir un seul de ses livres et que j’ai toujours trouvé imbitables ceux qu’il recommande.

“C’était moi maintenant qu’on adorait et qu’on copiait, et j’ai trouvé ça d’abord ennuyeux, puis gênant et enfin ridicule.”

L’accroche publicitaire du quatrième de couverture de Une Mercedes blanche avec des ailerons (James Hawes, L’Olivier, 1999) : “une parodie de Reservoir Dogs et de Pulp Fiction par les Monty Python” n’est pas mensongère. C’est aussi amusant, mais moins drôle que la série des Wilt (Tom Sharpe). Comme personne n’est parfait, l’éditeur a orthographié Patsy Cline avec un k.

30/07

Gena

“Elle était facilement blessée, et un peu trop rapide à se repentir.”

Elle est tordue, il vaut pas mieux, leur histoire sera tordue. Sauver la vie de quelqu’un n’est pas toujours très malin (il vaut mieux pas), la paranoïa est contagieuse, Une jolie fille comme ça (Alfred Hayes, Gallimard 2015) est un bon roman (tordu), bien  traduit par Agnès Desarthe.

Gene

29/07

J’ai toujours été un peu en retard (et souvent en avance), ça se confirme : hier j’ai trouvé dans une boîte à livres “HOW TO WRITE A DAMN GOOD NOVEL” (St Martin’s Press, 1987) d’un certain James N. Frey, professeur de “créative writing” à Berkeley. Imaginez ma joie, j’allais – enfin – apprendre à écrire un “putain de bon livre”, américain en plus, c’est-à-dire la crème du top de ce qui se fait de mieux en littérature française. Et puis mon côté soupçonneux a commencé à se réveiller : pourquoi James N. Frey révélerait-il les secrets de fabrication d’un “putain de bon livre” plutôt que d’en écrire un lui-même ? Claude Mesplède et Jean-Jacques Schleret se montraient plus dubitatifs encore en écrivant que Du plomb dans la tête (Série noire, 1989), l’un des seuls livres de Frey traduit en français était “sans intérêt”. L’avertissement a fini de me décourager, l’auteur nous prévient honnêtement : il va nous apprendre à écrire des romans “dramatiques”, mais pas des livres du genre Miss Dalloway ou bien Ulysse. C’était mal barré ! J’ai feuilleté la suite, c’est à peu près tout ce qu’appliquent les écrivains défonçant les portes ouvertes à grands coups d’épaule pour lesquels je n’ai aucun estime qui écrivent, de fait, l’équivalent des scénarii pour Plus belle la vie ou bien des “polars” ordinaires.
Encore raté !
En revanche, la conclusion : “Que faire quand on a fini le boulot ?” m’a beaucoup plu : “trouver un agent” ; s’il ne s’appesantit pas trop sur la méthode pour en trouver un, le conseil demeure précieux ; l’avant-dernière phrase m’a carrément fait rêver : “Une fois que vous avez un agent, laissez-le vendre votre manuscrit, négocier le contrat et s’occuper de vos droits”.

28/07

La crème de la crème

manque juste Olivier Mony

27/07

Pour ceux qui ont raté
ces “masterclass”

et ce stage

se précipiter… à bout de souffle sur le suivant :

“Qu’est-ce que ça veut dire dégueulasse ?”

26/07

Pour progresser,

il y a les ateliers (workshops)…

et puis, surtout, la lecture assidue des grands stylistes (inimitables forcément inimitables) : “Il s’agissait de se désenvoûter de son identité, de dételer du familistère des générations et de chevaucher sans cavalier dans la grande nuit, le regard dardé vers l’origine, la poitrine purgée d’un grand rire astral” (Pierre Cendors, Silens Moon) ; “Une voiture vide s’arrêta devant les Bains-Douches, François Fillon en sortit, mais personne n’y prêta attention” (Joseph Macé-ScarronTicket d’entrée) ;  “Il (“le génie vaseux*”) abolit les angles et nous sculpte en creux un corps de caresses” (Chantal Thomas, Souvenirs de la marée basse).
On comprend bien que “Déambuler dans cette absence de clarté vous poigne d’un mélange d’angoisse et de jubilation” (Chantal Thomas, toujours) et que, quelquefois, à ces altitudes, le souffle peut manquer ; dans ces conditions, rien de tel qu’imiter Laure Limongi “sirotant son café en dégustant une cigarette” dans l’attente d’un prix littéraire plutôt que Rachel Cusk (Contrecoup) “qui s’empiffre de provisions énergiques affublées de bandes lumineuses”.

* note du traducteur

Lorsque l’on regarde moisir chez les bouquinistes les livres des écrivains successfull, on se dit que les manuscrits au fond de nos tiroirs ont juste pris un peu d’avance.

A l’usage des animateurs artistiques pour enfants et adultes aux besoins spéciaux
désirant devenir médiateurs lecture et poser ultérieurement devant leur bibliothèque

ces quelques “gammes” feront gagner un temps précieux

07/05

La vulgarité des écrivains posant devant leur bibliothèque (“Tu l’as vu mon gros savoir”) me surprendra toujours.

“J’accepte que l’écriture soit un état de transe légère”

29/04

“Le bus s’ébroue” (Laurence Tardieu), c’est joli, non ?

Et les tacos sont en carafe !

28/04

Il y a la musique d’ascenseur, la musique d’ambiance (en général, du jazz middle of the road), ne parlons pas des dégâts commis sur les esprits faibles. Je ne connaissais pas la version écrite de l’affaire (je  soupçonnais un peu Echenoz d’avoir importé le concept, mais il écrit tellement faux que le rapport avec la musique ne peut que rester assez lointain), jusqu’à ce que je découvre  Christian Gailly (Un soir au club, Minuit, 2002) dans une boîte à livres (galerie marchande de Leclerc). Le styliste préféré de Philippe Djian (un connaisseur où je ne m’y connais pas), c’est, au mieux,de la littérature d’ambiance, à mon sens plutôt de la littérature d’ascenseur. C’est pas chiant (manquerait plus que ça), mais c’est inodore, incolore et sans saveur, les “impros” se pointent à intervalles réguliers… surprise ! changements de rythme téléphonés…surprise ! les balais font tchak ! tchak ! sur la caisse claire, c’est de la sole (surgelée), plutôt de la limande, du poncif qui tourne en rond… Minuit !

27/04

Aujourd’hui, fête de la librairie indépendante, j’ai acheté deux livres introuvables sur Amazon.

Capucine & Simon Johannin, Nino dans la nuit, Allia (2019) : Belek ! Belek ! les quinquados… J 3 in town ! Pour vouzigues, les punks déka, les hardos anémiques, c’est direct l’Ehpad fin-fond des Vosges avec Coop-Phane sur liste d’attente… pliez le pyjama et le gant de toilette dans la petite valoche en fibranne, fissa l’hospice ! Les Johannin ont le blanc de l’œil bleu, la gencive rose vif, les muqueuses qui giclent l’hormone et dans les yeux écrit : “Allez mourir les morts !” Ils vont vous piquer tout le brouzouf, vous sectionner les implants net, vous abandonner sur une aire d’autoroute à faire des phrases pour CSP +. Sont plus malins que vous, plus doués, cognent en rythme, chopé le truc, ils geignent pas, ils n’ont STRICTEMENT aucun scrupule, ils vont vous tordre ! Et moi, qui commençais à trouver le temps long depuis Extension du domaine de la lutte, je rigole.

C’est pas de la Valda, c’est du Rohypnol !

26/04

Luxe, calme et volupté
Coup de cœur assuré

25/04

Il est toujours très pénible d’être déçu et j’ai été déçu par Kanaky (Actes Sud, 2018) de Joseph Andras. J’avais trouvé De nos frères blessés (Actes Sud, 2016) tout à fait formidable, sans parler, à l’époque, de l’attitude de l’auteur envers le monde de l’édition (refus du Goncourt du premier roman et les polémiques qui ont suivi). Joseph Andras explique bien ce qui a été son projet dans un court préambule : “Le journaliste examine, l’historien élucide, le militant élabore, le poète empoigne ; reste à l’écrivain de cheminer entre ces quatre frères : il n’a pas la réserve du premier, le recul du second, la force de persuasion du troisième ni l’élan du dernier. Il a seulement les coudées franches et parle à même la peau, allant et venant, quitte à boiter, entre les certitudes et les cancans, les cris du ventre et les verdicts, les larmes aux yeux et l’ombre des arbres.” On ne peut pas mieux dire, on ne peut pas avoir d’ambition plus haute ni plus juste, sauf que le résultat n’est pas à la hauteur, le découpage est si scolaire qu’il en devient maladroit, le lyrisme tombe à plat, les arguments piétinent ; c’est le poète qui élabore, le journaliste qui élucide, l’historien qui radote, le militant qui squatte les premiers plans et l’écrivain qui ramasse plein-pif tous les poteaux du slalom ;  Kanaky est merdique comme les événements qu’il couvre : la prise d’otages d’Ouvéa.

24/04

Peut-être que mon genre littéraire préféré, c’est l’interview (il est vrai que j’en ai écrit un certain nombre). Dernièrement j’ai beaucoup aimé celle de Béatrice Dalle dans Sofilm, celle de Bret Easton Ellis dans America et aujourd’hui celle de Jean-Louis Murat dans les Inrockuptibles. Evidemment, dans mon cas, c’est très narcissique, je n’ai aucune difficulté à imaginer que c’est moi qui parle alors que, bien évidemment, je sais que ce n’est pas le cas. Pas très envie de faire de la littérature en ce moment, mais je me demande si je ne pourrais pas écrire un recueil d’entretiens où je m’entretiendrais à mon sujet, surtout au sujet de ce que j’aurais pu devenir si ma vie avait pris un autre pli. J’ai eu un projet semblable il y a très longtemps, j’avais même trouvé le titre (pas très bon) : “La création des mois”, puis un autre qui ne s’est pas réalisé.
On pourrait intituler ça : “Et mois et mois et mois” et on le publierait à ma mort.

J’ai beaucoup d’estime pour Robert M. Pirsig (Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes) et une énorme admiration pour son record, une fois pour toutes, hors de la portée de quiconque : cent vingt-et-une (121) lettres de refus pour ce texte désormais “culte”. Bien sûr, j’y arrive, mais il me faut au moins quatre titres pour approcher le même score.

La 100e édition du Petit Larousse confiée à Christian Lacroix en 2005 est non seulement une somme d’interventions aussi vulgaires les unes que les autres, mais également une vraie merde dont le destin est de finir en mille morceaux (puis à la poubelle).

17/04

Pour Pablo de Luis Miguel Dominguin (Verdier, 1994), la préface de Jacques Durand est meilleure que le texte (qui n’est pas très bon).

Le type avait autre chose à foutre.

Les jolis jeunes gens feraient mieux de lire L’éloge du carburateur (cf le 14/04) que L’Insurrection qui vient, ils seraient moins déçus après avoir renoncé à Parcours sup’, seraient mieux payés après l’avoir franchi (le néo-prolétariat à-venir c’est les Bac + 5)… et les artistes seraient bien obligés d’en prendre de la graine !
En revanche, ceux qui l’apprécient parce qu’il serait le chantre nostalgique du travail manuel, l’équivalent pittoresque du charpentier hipster la barbe ornée de copeaux de pin Douglas, se collent le doigt dans l’œil, Crawford insiste toujours pour ne pas distinguer ni, a fortiori, hiérarchiser, les intelligences ; à ce propos, il cite à plusieurs reprises Anaxagore (cité par Aristote)  : “C’est parce qu’il a des mains que l’homme est le plus intelligent des animaux”.

Motochrome

16/04

Il courait tout seul sur des avenues désolées
en chantant aux plis de son drapeau délavé

Si tu veux être heureux,
nom de Dieu !
Pends ton propriétaire !
Coupe les curés en deux !
Fous les églises par terre !

mais tout le monde avait oublié les paroles
et les autres ne les trouvaient pas drôles

15/04

Ecrire plus fort… pour les sourds.

14/04

Je vais avoir 72 ans, mon père est mort à 73, je n’ai, peut-être pas de temps à perdre ; j’ai donc décidé de ne pas m’infliger, comme je m’y étais engagé,la lecture des trois tomes de Vernon Subutex.Je suis tant bien que mal venu à bout du deuxième, j’ai cru à un moment donné que Virginie Despentes parlait d’elle-même : « Son texte était mauvais […] Son mec était un auteur médiocre. Il alignait des clichés en croyant inventer l’eau chaude, son intrigue était faible, bâclée, le tout mal dialogué, les personnages sans consistance…” mais non, il s’agirait de Xavier Fardin (“Scénariste sans succès depuis une vingtaine d’années, époux de Marie-Ange, il a une fille, il aime les chiens et a rejoint le groupe autour de Vernon”).
J’ai jeté un coup d’œil aux dernières pages du dernier tome… c’est le bouquet !
Le mystère reste entier, le plus mystérieux étant que Virginie Despentes continue à m’apparaître comme le prototype de la bonne copine sympathique alors qu’en tant qu’admirateur d’Annie Le Brun, je ne peux pas non plus prendre King-Kong théorie au sérieux cinq minutes.
Il y a des gens comme ça qui rencontrent le succès dans un secteur pour lequel ils ne sont pas doués… un peu comme si, à force de m’entêter à chanter faux, je gagnais The Voice.
En fait, je les admire.

Bret Easton Ellis impérial dans le numéro 9 d’América, il est vrai que ce n’est pas François Busnel qui va le mettre en difficulté ; face à Isaac Chotiner dans le New Yorker, c’est une autre paire de manches.

Je me promets beaucoup de plaisir d’Eloge du carburateur (Essai sur le sens et la valeur du travail) de Matthew B. Crawford (La Découverte) que je n’ai fait que feuilleter : “Soulevez le capot de certaines voitures (surtout si elles sont de marque allemande et, en lieu et place du moteur, vous verrez apparaître quelque chose qui ressemble à l’espèce d’obélisque lisse et rutilant qui fascine tellement les anthropoïdes au début du film de Stanley Kubrick 2001 : L’Odyssée de l’espace. Bref, ce que vous découvrez, c’est un autre capot sous le capot.”
C’est Basile de Cortez le plus snob des marginaux agricoles qui me l’a offert, qu’il en soit remercié.

Les anglaises, c’est kif-kif…

mais où sont passées les bougies ?

10/04

Tout Didier Daeninckx pour une fable de La Fontaine, tout James Ellroy pour un vers de Racine.

09/04

Déniché sur la Toile :  » Le style de Frédéric Roux oscille tantôt entre le KO technique d’un poids lourd et l’esquive toute en finesse qui fait mouche. »

Et, croyez-moi, tout le monde peut pas en dire autant !

Comme elle peut se mettre dans des positions invraisemblables
et qu’elle a des goûts littéraires étranges
notre petite-fille  est repartie de Pau avec
Attachement féroce, Vivian Gornick (Rivages)
Autoportrait, Edouard Levé (POL)
L’enfant éternel, Philippe Forest (Folio)
Féerie générale, Emmanuelle Pireyre (L’Olivier)
Mon beau Jacky, Richard Morgiève (Calmann-Lévy)

Et comme en musique, elle adore les trucs un brin chiants, elle a téléchargé : Daniel Darc (Crèvecœur), Richard Hawley (Hollow Meadows & True Love’s Gutter), Lee Hazelwood (For Every Solution There’s a Problem), Mike Newsbury (An American Trilogy) et le Colossal Youth des Young Marble Giants.

07/04

Je donne tout « Vernon Subutex » pour une page de Joan Didion, quatre lignes d’Anna Akhmatova et même pour une seule photo de Slim Keith.

Le réséda sent l’eau
L’amour sent la pomme
Mais nous savons pour toujours
Que le sang ne sent que le sang

  Anna Akhmatova

04/04

Bientôt, se retirant dans un hideux royaume,
La femme aura Gomorrhe et l’homme aura Sodome,
Et, se jetant, de loin, un regard irrité,
Les deux sexes mourront chacun de leur côté.

Alfred de Vigny

03/04

Une république devenue principauté dirigée par un DRH (reconnaissable à ses costumes cintrés,son gros nœud de cravate et ses chaussures pointues) et pas un seul chroniqueur pour en rendre compte (Louis Vuitton ne l’autorise pas).

« Dans tous les domaines et dans tous les siècles,
la classe la plus rampante fut toujours celle des poètes »

(L’abbé Grégoire)

02/04

A raison d’un ou deux chapitres avant de m’endormir, j’ai réussi à venir à bout de « Vernon Subutex 1 » en trois semaines. Comme je ne comprenais toujours pas, j’ai attaqué le tome 2 où il ne se passe strictement rien en cent pages, si ce n’est la disparition du sac de Vernon qui semble être le fil rouge de l’intrigue.
Bien qu’il me semble que Virginie Despentes ait fait beaucoup de progrès en français depuis « Baise-moi », j’avoue quelquefois buter sur des passages de ce style : « La Hyène appartient à une certaine catégorie de durs – ceux que la sensiblerie rattrape, sur le tard, comme si l’armure devenait épiderme et qui se retrouvent, stupéfaits d’être mis en connexion directe avec le monde, et guère habitués à souffrir, notamment du doute. Bien des comportements, adoptés à l’adolescence, entrent en déconfiture à l’âge mûr, et elle (qui ?) attrape des états d’âme comme d’autres souffrent de rhumatismes »… c’est du Proust tuné à l’arrache, une macaronée me faisant penser à  : « Elsa m’avait paru amère, atteinte dans cette géographie intime que je connaissais pour y avoir déjà mesuré ma jalousie, ce point de rupture où l’orgueil ébranlé vous aveugle et l’emporte sur le discernement et l’objectivité », cuisinée par Joseph Incardona in « Remington » (Fayard noir, 2008).
Incardona fait pourtant très attention à éviter l’inutile et à traquer l’adjectif, ce qui ne l’empêche pas d’en sortir au moins une bonne genre yankee laconique : « C’est souvent après coup qu’on mesure ce qu’on a laissé derrière soi ». Quoi qu’il en soit, « Remington » est plutôt réussi dans le genre que les critiques ont l’habitude de qualifier « à l’os » ; le problème, comme souvent dans le polar, étant l’obligation de l’intrigue et, franchement, sur la fin, celle de « Remington » n’est pas trop crédible, quant à celle de « Vernon Subutex », elle est absente, je n’y vois qu’une succession de portraits-robots pour Cosmo.

La poésie de Jim Harrison (« Une heure de jour en moins », Flammarion, 2012) qui n’a de poésie que le nom ne vaut pas un pet de lapin de garenne.

J’ai eu l’idée d’un conte fantastique King Style : un quidam lambda se réveille un matin, il se regarde dans le miroir de sa salle de bains… qui lui renvoie l’image d’Erik Orsenna !

Tout seul avec un livre pour rencontrer les autres…

30/03

La dernière apparition de Lance Fasquelle sur France Culture remontait au 19 novembre 2011 où, dans « Secret professionnel », il avait été interviewé par Charles Dantzig (éditeur chez Grasset), il a fait son come-back cette semaine dans « A voix nue », toujours sur France Culture, interviewé – comme un coureur cycliste – par Virginie Despentes (auteur Grasset) et par Elodie Deglaire (attachée de presse des éditions Grasset).
Toutes proportions gardées, c’est un peu comme si Jean-Claude Amstrong avait été interrogé sur le dopage par Lance Contador et le médecin de l’US Postal… le Parrain ne s’est donc pas gêné.
Il aurait eu tort de le faire.

Positif aux triglycérides,
Jean-Claude arrête les dîners en ville

Thomas Pikety a écrit un brûlot sur la forme moderne du capitalisme, la bande promotionnelle de son ouvrage fait état des millions d’exemplaires vendus dans le monde. J’ignore si cela rend ses arguments plus pertinents, cela les rend, en tous les cas, plus accessibles aux ennemis déterminés du système.


28/03

« Et tout ce goût pour la violence, ce désir de voir la mort à l’œuvre (sinon celui de la donner), c’est l’ignominie qui nous fait ralentir pour apercevoir sur le périph’ le corps du motard vautré sous la glissière, le goût des éducateurs spécialisés pour le polar français écrit par des staliniens qui font semblant d’être repentis, la déception des militants antifascistes lorsque les tortionnaires exercent sous péridurale. Dégueulasse. »

Extrait de « Nous sommes tous des suisses allemands »,
préface écrite par mes soins à Bruxelles en janvier 1999 
pour « Le Glaive et le fourreau » de Gustav Regler (Babel).

Sans compter que je suis toujours du même avis, je trouve ce texte* plus que jamais d’actualité.

* disponible plus bas dans son intégralité.

27/03

« La poésie, c’est comme un orgasme ininterrompu » (France Inter).
La preuve ci-dessous :

J’en fous partout,
mais je m’en fous !
Je pisse debout.

« Proposer dans ses pages un texte de Marie Darrieussecq est, en général, gage de qualité », Amélie Quentel, pigiste des Inrockuptibles (ex-stagiaire à Libération), à propos de Zadig, numéro 1.
Dans ces conditions, malgré mon goût pour les numéros 1, je vais réfléchir.

Quand je disais que Cesare Battisti était un écrivain de merde, tout le monde (couilles molles fascinées par ses couilles transalpines qui ne l’étaient pas) me traitait de réac’ et de petite bite.

Fred découvre la Dolobite

26/03

Donc… tout le monde est au courant, sauf les éditeurs. Faudrait quand même que quelqu’un les prévienne (doucement).

http://www.slate.fr/story/74720/trop-de-livres-tue-le-livre

« Le désir d’un livre ressemble au désir d’un homme, les mêmes vagues au fond de soi, le même mouvement qui n’en finit pas, allant et venant sans cesse, ample, secret, obsédant, magnifique. » Laurence Tardieu (« Rêve d’amour », Livre de poche)… dans ces conditions comment voulez-vous que j’y arrive !

Pour toi mon ange, Pschitt orange !
Pour moi garçon, Pschitt citron !

« La flèche jaune » de Victor Pelevine (Mille et une nuits, 1999), parfaitement dispensable alors que « La mitrailleuse d’argile » (Le Seuil, 1996) est obligatoire.
« Rugby en péril », Jean-Yves Violler (Contredit, 2019)… mouais ! mou du genou.
« Tumulte » de Hans-Magnus Enzensberger (Gallimard, 2018), et l’on retrouve enfin le plaisir de lire un bon livre d’un bon écrivain.

22/03

A partir d’un certain âge, gigoter sur Nirvana est pathétique, on croit faire jeune, on ne fait que souligner son âge (sans compter que l’on risque la rupture des ligaments externes) ; c’est un peu l’impression que me font les jurés cacochymes du Goncourt attribuant la bourriche à Nicolas Mathieu. J’ai parcouru les cent premières pages du livre lauréat (abandonné ensuite), je trouve ça terriblement faux (d’où la prolifération de détails censés être justes) ; dans la même catégorie, je préfère largement David Lopez, plus doué à mon sens et plus sincère ou bien plus malin.

Dans le même genre (à peu près), et pour comprendre ce qui est censé se passer (qui ne passe pas), j’avance laborieusement dans « Vernon Subutex 1″… pour l’instant, je ne comprends pas. Cette jeune femme est indéniablement sympathique, mais ce qu’elle écrit l’est tellement que cela devient embarrassant, on dirait du Katherine Pancol noyé dans la Valstar, je me demande si dans vingt ans, ce ne sera pas encore plus démodé que Pierre Benoît ou même quasiment illisible… ça fait penser aux Wampas, aux Bérurier noirs et à Licence IV que l’on écoute pour rigoler lorsque l’on est bien entamé. Ça finira kif-kif. 

J’ai apprécié que Blandine Rinkel abandonne ses prétentions pour écrire son premier roman : « L’abandon des prétentions » (Fayard, 2017), livre charmant, classique portrait de maman, difficile à réussir dans la mesure où la maman en question, sans beaucoup d’aspérités, est fort sympatoche.


15/03

Dominique Noguez qui n’a fait qu’écrire et qui vient de mourir voulait voir gravé sur sa tombe : « N’écrivez jamais », il ne voulait pas dire par là qu’il n’y avait que lui qui avait le droit de le faire, mais qu’il savait les emmerdes que ça occasionne. C’était un conseil, pas un ordre.

Idem !

14/03

Entendu à La Dispute enregistrée au Salon du livre un débat sans queue ni tête sur la littérature et l’image, un des intervenants se montre particulièrement confus et finit par déclarer d’une voix de baryton Martin : « Je suis nul(le) en grammaire », renseignement pris, il s’agissait de Sabrina Calvo, né(e) David… dans ces conditions, on comprend mieux.

Je me souviens de « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ! » qu’il n’était pas très fin de scander en chœur à une époque où les ennemis de la liberté ne la ramenaient pas trop et puis — les lucioles sont mortes, la nuit tombe, les Lumières vacillent,  — il y eut Annie Ernaux et Décathlon la main dans la main.

Freedom GT

Calamiteux numéro du « Libé des écrivains », pas grand-chose à sauver… hélas !

Tous ensemble ! Tous ensemble !

Puis-je rappeler à ceux pour qui Trump (rengaine sans risque entonnée par Robert Littell, pages 28 & 29 du Libé des écrivains dont lui-même sent bien l’absurde vanité : « Ecrire sur la star de la téléréalité qui joue au président des Etats-Unis est un combat perdu d’avance ») représente le Mal absolu que J.F. Kennedy était plus proche de la Mafia que ne l’est son successeur actuel, par certains côtés – certes – moins distingué.

Blond on Blonde

Je conseille à ceux qui pensent que Michel Houellebecq a « prophétisé » la colère des gilets jaunes la lecture de « Dérider le désert » de Daniel Denevert (La Grange Batelière, 2018) qui a analysé il y a plus de dix ans ce qui l’a provoqué.

13/03

On peut dire des écrivains qui n’ont qu’une corde à leur arc (rosseries mondaines ou lamentations gynécologiques) que ce sont des écrivains monocordes.

12/03

Il y a des écrivain(e)s qui, à peine leur livre sur les étals, ont plus de « J’aime » sur Instagram que je n’ai jamais vendu de livres !

Sans compter les débats houleux en bibliothèque

10/03

« Obsessions » (2014) de Jean-Jacques Schuhl (Gallimard), soi-disant « nouvelles », plutôt chroniques. De temps en temps, c’est vraiment pas très bon et puis de temps en temps, on voit étinceler de beaux restes, ceux du temps de « Rose poussière » (1972).

« L’Invention de la liberté » (Skira, 1964) de Jean Starobinski m’avait beaucoup marqué aux environs de 68, bien davantage que les auteurs de polardont on pourrait me penser proche alors que j’en suis terriblement éloigné. Le livre coûtait les yeux de la tête (je me le suis d’ailleurs fait piquer assez vite).

S’ils n’ont pas de scooter qu’ils achètent un break !
S’ils n’ont pas de Vespa qu’ils achètent une Dacia !

« Détails » de Marcel Cohen (Gallimard, 2017) c’est passionnant, un peu ennuyeux aussi, mais j’aime beaucoup l’ennui lorsqu’il est passionnant.  Il y a du Ponge, du Drillon chez Cohen, de la myopie et de la haute-culture ; un texte absolument inénarrable sur un séjour à l’hôpital et le rappel de choses oubliées, les bretelles de soutien-gorge transparentes par exemple… personne n’en porte plus. Je trouvais ça assez sexy, ça voulait passer inaperçu, on ne voyait que ça et l’on imaginait le reste.
Après avoir lu « Détails » je me suis souvenu avoir, debout dans une librairie, noté une phrase de Marcel Cohen  : «Le secret de l’écrivain n’a rien à voir avec l’inspiration, mais au contraire avec une forme de stupidité et de ténacité, c’est ce que dit très bien le proverbe turc « creuser un puits avec une aiguille »» qui m’avait semblé juste à l’excès.

« […] une ville banalement laide […] », (Tarbes), Charles Dantzig.

06/03

Pour l’une des mille et une entrées de 1001 reprises (à paraître chez Grasset… je ne sais pas quand), je me suis procuré « Mon témoignage sur l’affaire Pierre Conty Le tueur fou de l’Ardèche » d’Henri Klinz (Marteuil Editions, 2017). Henri Klinz est le survivant de la première fusillade du 24 août 1977 au cours de laquelle Pierre Conty, « chef » de la communauté de Rochebesse, monté au hold-up, abattra le gendarme Dany Luczac avant de tuer de sang froid deux autres personnes lors de sa fuite. Trente-cinq ans plus tard Henri Klinz est encore traumatisé (on le comprend)… Le livre n’est pas inintéressant dans la mesure où Henri Klinz ne comprend toujours rien (il finit même sur une note complotiste), en tous les cas, pas davantage que ceux n’ayant pas été des témoins directs, mais il nourrit des sentiments très étranges envers celui qui l’a épargné, Stéphane Viaux-Peccate qui, quelques mois plus tôt, était assis à mes côtés dans les vestiaires du championnat de France universitaire de boxe qu’il remportera (catégorie super-léger). Le livre est publié n’importe comment, écrit d’une manière épouvantable, mais ce qui m’a le plus surpris c’est de voir Henri Klinz affirmer que Stéphane Viaux-Peccate était blond ! alors qu’il a les cheveux noirs, plus surprenant encore le livre comporte quelques photos où l’on peut vérifier que, effectivement, le complice de Pierre Conty est tout ce qu’il y a de plus brun. Dans le rôle du témoin, on peut trouver mieux.
Toujours sur le même sujet, j’ai  lu « Une version des faits » de Noëlle Sarrola (Editions Publibook, 2017), c’est le témoignage de l’auteur qui aidera Pierre Conty à quitter la France. Même si elle se donne le beau rôle et si le huis clos entre les deux protagonistes tourne à l’échange idéologique tout à son avantage, le texte aurait fort bien pu être publié dans une maison d’édition « normale ». Il faut croire que le sujet n’intéresse plus grand monde puisque cela n’a pas été le cas.

Garanti Bio


On me demande de signer une pétition contre « l’analphabétisme sexuel », mais pour un « enseignement du clitoris dans tous les manuels de SVT », pétition initiée par une association dénommée « It’s not a bretzel » (au goût, je m’en doutais un peu) adressée à Marlène Schiappa. Je suis bien d’accord, plus tôt elles sauront qu’elles en ont un, plus tôt elles s’en serviront, mais si je la signe (elles/ils sont déjà plus de 11 000 à l’avoir fait), je crains d’être soupçonné de me reconvertir en pédophile démagogue et, à l’heure actuelle, je ne peux pas me le permettre.

« Sinatra Confidential Showbiz, Casinos & Mafia » de Shawn Levy (RivagesRouge, 2015) c’est tout à fait épatant… ce qui est sûr, en revanche, c’est que The Voice  s’emmerdait pas avec des histoires de bretzels  !

04/03

Feuilleté le « Dictionnaire amoureux de Bordeaux » d’Alain Juppé, on cherche Jean Forton, on tombe sur Jean-Paul Kauffmann ; au lieu de Raymond Guérin, on a droit à Pierre Veilletet ; on échappe de peu à Yves Harté (Jean-Marie Planes fait tout de même une apparition).
Le reste semble être une suite de mémos creux se félicitant de la transformation d’une ville en terrasse géante où des badauds tètent des Spritz.

26/02

Librairie de Paris

Son personnel s’est rendu compte que :
« Je n’écris pas sur quelque chose, j’écris quelque chose »
(Jonathan Littel)
Ils ont donc, comme il se doit, évité de mettre en vitrine :
Lève ton gaucheTyson, un cauchemar américainAlias Ali et La classe et les vertus.
Je n’ai pas vérifié, mais je pense qu’ils sont en vente à l’intérieur
comme tous mes autres titres disponibles.

25/02

Une de mes petites filles fait du yoga,
elle aime bien  Pascal Quignard,
elle le trouve… « perché ! »
Je l’aime beaucoup, mais j’avoue avoir,
de temps en temps,
du mal à la suivre.

Ce qui est étrange à mes yeux c’est que les critiques qualifieront toujours d’œuvre originale un livre où l’auteur aligne des phrases toutes faites avec un vocabulaire sorti tout droit de la méthode Assimil pour construire une intrigue rebattue ; qu’ils parleront du style d’un écrivain traduit alors qu’ils admettent difficilement les méthodes que j’emploie qui me sont, d’ailleurs, de plus en plus interdites (« Les droits ! », « Les droits ! ») à tel point que je pense sérieusement à passer à autre chose.
Une fois encore la littérature est à la traîne des autres arts, elle en crève et ses acteurs ont pris un tel retard qu’il ne leur vient pas à l’idée que c’est de cela qu’ils crèvent.

Pour mieux (me) faire comprendre, quelques extraits (pris au hasard, je le jure !)d’un « livre » publié dans une « grande » maison d’édition  : « J’ai dévalé les marches quatre à quatre pour me retrouver sous une pluie fine que j’ai ignorée » (t’as bien fait, fils !) ; « F lavait les assiettes dans l’évier. C est entrée dans la cuisine inondée de soleil et lui a demandé ce qu’il faisait » (je suppose qu’il lui a répondu qu’il faisait la vaisselle) ; « Je suis resté interdit, sans plus savoir ni ce que je voulais, ni même où j’étais » (T’es à Paris en train d’écrire une sacrée bouse, mec !) ; « Elle m’a regardé avec de grand yeux tristes, sans doute peinée par ma colère » (Salaud !) ; « J’étais pourtant émerveillé pas ce concentré d’informations, le chant de mes origines, les réponses aux éternelles questions dont j’avais appris, avec le temps, qu’il ne servait à rien de les formuler. » (C’est sûr que si tu fermais ta gueule, ça nous ferait des vacances).

Désespérant.

23/02

A propos de livres qui ne ressemblent pas à des livres, Les frères Lehman de Stefano Massini (Globe) : un peu plus de 800 pages en « vers libres ». Pendant deux ou trois cents pages, on trouve ça formidable et puis la lassitude gagne, on finit par ne plus en avoir rien à branler avant de carrément s’emmerder et d’arrêter les frais. Le problème des livres « à système », c’est qu’au bout d’un moment, on ne voit (n’entend) plus que le système.
L’air de rien, Alias Ali évite cet écueil grâce aux quatre monologues qui entrecoupent le courant du texte.

Les amygdales, ça va… le son, faut voir !

En ce moment, je lis beaucoup de livres où le Zippo sert d’accessoire et accessoirement d’objet témoin de l’époque. Comme tout bon snob-gobe-lune-des-années-60, je me souviens des Zippo et des loopings qu’on leur faisait faire, du bruit formidable du couvercle lorsqu’on le refermait (le Dupont en faisait un aussi satisfaisant, mais c’était un plaisir plus coûteux). J’en ai donc acheté un avant de laisser tomber quand l’odeur d’essence qu’il donnait aux premières bouffées a commencé à me gêner… snob ou tox, fallait choisir.

22/02

« La laideur accablante de Paimpol »

Julien Gracq (Lettrines, 1967)

14/02

Lorsque l’académicien Erik Orsenna déclare : « Je ne suis rien sans les livres », on a envie de lui donner un conseil : ne te diminue pas trop, tu n’es déjà pas si grand.

13/02

Encore un truc où mon absence a été remarquée

« Je me suis déjà fait chier à écrire mes chansons, je vais pas m’emmerder à les expliquer », Jean-Louis Murat.

11/02

Je me souviens d’un dîner passé aux côtés de Karina Hocine (elle était à ma gauche, j’étais à sa droite), elle m’avait vanté la bienveillance des entreprises employant des stagiaires non-rémunérés à qui elles apportaient tant, je lui avais demandé si elle voyait une différence entre travailler sans être payé et l’esclavage, elle n’en voyait pas, mais elle ne voyait pas de raison non plus de continuer à parler avec un con. Je la comprends et ne peux pas lui donner tort.
Karina Hocine a récemment quitté les éditions JC Lattès dont elle était Directrice générale adjointe, je me suis inquiété à son sujet comme tous les bienveillants du milieu et Dieu sait s’ils sont nombreux : qu’allait-elle bien pouvoir devenir… stagiaire ? Quelques jours plus tard, je suis rassuré, elle a été embauchée par Gallimard au poste de secrétaire générale de l’éditeur.
A vos CV !

Encore raté !

03/02

A propos de livres qui ne ressemblent pas à des livres, je considère « Vallée d’Ossau » (2002) de René Arripe publié en deux tomes (Le Canton d’Arudy, presque 800 pages et le Canton de Laruns, pas tout à fait 700) comme un chef-d’œuvre. René Arripe a photographié ou fait photographier TOUS les habitants de ces deux cantons (8 630 + 7 083 = 15713).
C’est FORMIDABLE… Depardon + Bourdieu enfoncés !
En revanche, je ne sais pas si c’est toujours disponible (René Arripe, Promenade Arriussec 64440 Laruns).

02/02

« Quand je viendrai te demander ce que je suis censé faire, tu sauras que t’es assez grand pour me le dire », « Aucune créature ne peut rien apprendre que son cœur ne soit prêt à recevoir », « Les cicatrices ont l’étrange pouvoir de nous rappeler que notre passé est réel ». C’est le genre de phrases que l’on pourrait attribuer à Marc Lévy ou à Guillaume Musso pour s’en moquer, elles sont de Cormack McCarthy (De si jolis chevaux, page 15, 128 et 154) et on les admire.
Joseph Macé-Scarron peut faire aussi bien : « Son bras entourait le mien avec la rapacité constrictive d’un anaconda affamé », « Ses arcades sourcilières formaient une voûte gothique » (Ticket d’entrée) et moi, encore mieux en me prenant pour ce que je ne suis pas : « La vieillesse est la banlieue de la mort » (et des phrases de ce genre le centre de l’imbécillité).
On ne se méfie jamais assez, pourtant, on devrait.

31/01

François Bégaudeau est muni d’un même genre d’intelligence péremptoire que Michel Onfray ou Régis Debray. L’air de rien, c’est un sacré handicap.

30/01

Comme tous les livres qui ne ressemblent pas à un livre ordinaire, « I am not your negro » (James Baldwin & Raoul Peck, 10/18) m’a attiré, mais comme à peu près tous les livres qui ne ressemblent pas à un livre ordinaire, il m’a déçu. Le film dont sont tirées ces 150 pages est mieux, ce qui pourrait vouloir dire que la littérature ne peut rien face aux images, mais signifie en réalité que la vie est dure pour ceux qui veulent se battre.

29/01

Vous pouvez me dire ce que vous voulez, moi, j’y crois pas !

L’avantage de n’en avoir rien à branler c’est que l’on peut être d’une parfaite mauvaise foi (et parfaitement lucide)… les binocles, le tatouage entr’aperçu, le ruban-passe au poignet, le menu à rallonge, la sauce à la nage avec les conneries qui flottent, l’instit plan-plan en arrière-plan et au premier plan, le premier de la classe propre sur lui (Brigitte & Manu) en pulls sages… merde (fuck en français) !

28/01

Le revers de Richard Gasquet de Jean Palliano (bien édité chez anamosa). Beau titre, revers gagnant, passionnant alors même que le tennis ne m’intéresse pas vraiment et que je n’ai jamais vu Gasquet jouer : « Je me suis demandé […] si ce qualificatif précis de « talent », cette expression qu’on emploie souvent, « avoir du talent », n’étaient en réalité pas réservés et donnés alors à ceux qui n’ont précisément que cette qualité ou cet attribut pour nous contenter et nous plaire, et qui, pour le reste, souffrent peut-être d’assez grandes faiblesses. »
Dépasse largement la ligne de fond de court, mais comme les bons matchs de tennis, un peu long tout de même aux environs du cinquième set.

Fils du feu de Guy Boley, 159 pages en édition de poche, on enlève les conjonctions de coordination (mais où est donc Ornicar ?), les adjectifs qualificatifs et les répétitions, il en reste trente.

On croit que je suis fan de James Ellroy (prototype du gros con à mes yeux), j’aime Louis Scutenaire.

Et moi, Marcel Mariën !

27/01

Yann Moix garé chez Flunch

(Moules marinières à volonté 8 € 95)

A la rentrée 1996, je publiais Mal de père chez Flammarion, la vedette-maison, c’était Eric Holder qui y publiait Mademoiselle Chambon. Raphaël Sorin avait demandé aux attachées de presse de tout miser sur Holder qui était bien meilleur client que moi, ce en quoi on ne pouvait pas lui donner tort.
Dans la foulée, on s’est retrouvés signer ensemble dans une librairie Flammarion du XIII° arrondissement, Holder s’est montré assez doucereusement condescendant à mon égard, il s’en est excusé quelques jours plus tard, allant jusqu’à me comparer à Louis Guilloux, je crois. Son admiration comme sa maladresse ne m’avaient fait ni chaud ni froid. L’avis des écrivains m’était déjà indifférent (comme dirait Jungla : « De deux choses l’une, soit ils mentent, soit ils disent la vérité ») et je me méfiais de l’admiration et des admirateurs, vingt ans après, je n’ai pas beaucoup changé. Si je veux me prendre pour un génie, je n’ai qu’à feuilleter mon dossier de presse.
Quelques années plus tard, Holder est allé s’installer dans le Médoc, il y est mort mardi dernier, un peu oublié. Pour joindre les deux bouts, il vendait les livres des autres dans son bled et, tous les vendredis, place de la Victoire à Bordeaux.
Son amie Delphine Montalant était morte en novembre l’année dernière, il n’a pas tenu longtemps sans elle.

Les fans sont au taquet !

26/01

« Je vais m’y mettre » de Florent Oiseau (Allary Editions) : première partie, soixante-dix pages très amusantes (les aventures du trickster parigot, amateur de Côtes du Rhône qui n’a jamais rien foutu, pas bon à grand-chose sinon à glander, squatter, chouraver les surgelés chez Monop’ et toucher les alloc’s), mais le livre compte trois parties et 220 pages. Ça patine avant de tomber en carafe.

« Nos richesses » de Kaouther Adimi (Le Seuil) : c’est peut-être bien, mais ça ne m’intéresse pas.

Yo Labo !

Et bientôt (c’est pas triste) : on essaie de comprendre les relevés de compte des éditions Gallimard !

25/01

Retrouvé (en cherchant autre chose que je n’ai pas trouvé) : « Morgiève et Roux : double uppercut au plexus » de Patrice Delbourg (L’Evénement du Jeudi ?). Sous ce titre, nous avions été particulièrement soignés : « Pour emmerder la mort et décrocher la tombale, deux pugilistes du libelle tracent à perte de vie des histoires insoutenables. Le lecteur, sonné par ces séries de crochets au plexus, reste groggy longtemps après les livres refermés. » Il est vrai que, d’après Delbourg, nous étions tous les deux « des puncheurs, façon Cerdan ».
Ça finissait en fanfare : « Deux textes* en fusion d’une force physique hors du commun, viscéraux, obscènes, sardoniques, jubilatoires, d’un érotisme implosé, corps crucifiés qui swinguent de manière primitive au milieu de ces braves cohortes automnales de récits ordonnés comme les alignements de Carnac. Deux trop-pleins de douleur frappés par la grâce. »
On comprend que les lecteurs n’aient pas trop eu envie de se prendre une branlée.

Mon beau Jacky (Calmann-Lévy), Mal de père (Flammarion)

Allez, une dernière couche et puis on parle d’autre chose.

Exemples ci-dessous

A droite et à gauche : mes deux propositions Made in Warhol.
Au centre : le choix de Folio décalqué de la photo de l’édition originale chez Fayard

A gauche : la couverture de l’édition originale chez Fayard
A droite : le choix de Folio après que je leur eus demandé : SURTOUT pas de photo de boxe

Il est vrai que « le poche, c’est le lieu du fonds » !
Lequel ? Le fond de la cuve, peut-être…

24/01

Quelquefois, on se dit que c’est un peu trop beau pour être vrai : Anne Assous*, ci-devant directrice de Folio, après des études au lycée Henri IV et une prépa HEC (personne n’est parfait) a intégré l’ESSEC (Business School) ; son diplôme en poche, elle a été engagée comme « product manager » chez ArjoWiggins Canson où pendant 6 ans, elle a vendu… du papier !
Pour boucler la boucle, elle finira chez Paprec.

* qui n’a pas encore répondu à mon courrier du 19 novembre, mais ça ne devrait pas tarder (cf le 21/01).

« Mettre la planète en récit, c’est mon travail. »

(Marie Darrieusecq)

« L’écriture m’est indispensable, j’écris tout le temps. »

(Marc Dugain)

23/01

« L’écriture est du côté* de la révolte ! »

(Marie Darrieussecq)

* elle veut sans doute dire, à côté.

21/01

« Je rêvais de changer le monde » (Marek Halter)…  et puis j’ai préféré me teindre la barbe.

Ce qui a l’air de ne déranger personne : que les tirailleurs sénégalais ne soient quasiment jamais montés en première ligne (Michel Diop), que les quotas laitiers n’existent plus (Daniel Houellebecq), que la littérature « réaliste » soit considérée comme la seule qui vaille.

« La sage et bienveillante organisation de l’Etat a déjà veillé à ce que l’artiste reste à jamais l’esclave de ces misérables épiciers ». Franz Schubert (1797 – 1828)

14-18

Courrier adressé à Madame Anne Assous le 19 novembre 2018
(resté jusqu’à ce jour sans réponse)

15/01

Voilà ! C’est tout… tout est dit

http://archive.wikiwix.com/cache/?url=https%3A%2F%2Fwww.lesfillesduloir.com%2Fles-entretiens%2Frichard-morgi%25C3%25A8ve%2F

Richard Morgiève est l’un des seuls écrivains qui vaille à mes yeux.
A une époque, nous avons été considérés comme assez proches et chroniqués plusieurs fois ensemble, le tirage de nos livres respectifs a occasionné à deux reprises successives le renvoi de celui qui était notre éditeur, Paul Fournel. Un petit homme de dos (chez Ramsay) et Tiens-toi droit (chez Seghers) avaient dû péniblement atteindre les 300 (trois cents) exemplaires. Le livre de Morgiève, une fois réédité chez Joëlle Losfeld, a fait son petit bonhomme de chemin et c’est tant mieux, c’est un livre merveilleux ; le mien réédité par Mille et une nuits sous le titre Fils de Sultan a souffert du même accueil maussade que lors de sa première publication.
A l’époque de Sex vox dominamMon beau Jacky et Legarçon (chefs d’œuvres !), Richard Morgiève m’a invité à dîner chez lui, d’une manière qui a dû lui sembler peu courtoise, je ne lui ai pas rendu son invitation. J’avais jugé, peut-être à tort, que nous ne gagnerions rien à nous fréquenter, que nous nous fâcherions assez vite et que je préférais continuer (in)tranquillement à le lire. Ce que je fais. Je ne sais pas si c’est son cas.

13/01

La bande dessinée se vend bien, pas le roman ; la littérature jeunesse se vend bien, pas la fiction ; le Goncourt des jeunes est plus prescripteur que l’autre ; le Prix France Culture Télérama s’est senti obligé d’intégrer des étudiants pour récupérer les lecteurs qu’Alias Ali lui a fait perdre. C’est la victoire du Babybel sur le saint-nectaire, du Kiri sur le salers, du Boursin sur le roquefort, du petit-pot sur le pot-au-feu, de l’IceTea sur le morgon de chez Lapierre… du mou, du sucré, de l’épilé. A bientôt les coloriages.

Abandonné en cours de route Les Idéaux d’Aurélie Filippetti. Putain ! Bordel de Dieu ! pourquoi éditer des compositions françaises de ce niveau ? Extrait : « Après leur première poignée d’yeux ». De mon temps, un machin pareil, c’était 2 sur 20 pour l’encre et le papier… « Largement payé ! » rajoutait le prof, et dans le fond, on était d’accord avec lui, on savait bien que l’on n’avait rien branlé.

12/01

Crans-Montana de Monica Sabolo c’est Modiano à la neige, un name-dropping à fond les remonte-pentes, on peut être sensible au charme Made in Virgin Suicides ashkénaze de l’affaire ou n’avoir rien à secouer de ces histoires de pauvres-petites-filles-riches-des-années-80-qui-s’ennuient-en-fuseaux-lycra, c’est selon sa maîtrise du stemm et de quel Rossignol on s’est levé. Désintégration d’Emmanuelle Richard, c’est encore autre chose : une Annie Ernaux qui chouinerait moins, mais aurait la rage subventionnée, une enfant des classes moyennes qui enrage de ne pas pouvoir se payer un manteau Max Mara, une transfuge de classe en rogne pour qui épater Olivier Cohen est le seul moyen d’accéder à ce qu’elle vomit… Olivier Cohen ! Pas mal de talent (« Un petit talent est la pire malédiction de Dieu » écrivait Carson McCullers), beaucoup de chiqué. Je crains qu’elle ne soit, avec des gens comme David Lopez, l’avenir de la littérature française écrivant une néo-langue un peu bancale issue des ateliers d’écriture, pas dépourvue d’intérêt pour autant (l’énergie du rap de seconde main !) sans être ma thasse de té davantage que Zadig et Voltaire en bonneterie.

Des écrivants font scandale en déclarant que Niort, c’est « nul » ou qu’ils n’aiment pas « les femmes de 50 ans ». Ce sont des opinions assez banales, esthétiquement proches du Calendrier des Postes, j’aimerais savoir s’ils déclencheraient un tel tollé s’ils affirmaient qu’ils trouvent Fumel, fun ou que leur « kif », c’est sucer des chattes sèches à l’EHPAD de Montsempron-Libos, toutes choses qui auraient au moins le mérite d’être originales.

Le roman des années à venir : la saga d’un type se croyant parti pour être Kennedy et qui finira comme Thiers.

05/01

Il y a très peu de différence entre un bon et un mauvais texte, il suffit pour les distinguer de faire appel au lecteur et à la sûreté de son mauvais goût.

Il y a rien à chiquer, je resterai toujours du côté des cancres et proche de leur attitude narquoise face aux bons élèves.

04/01

J’ai fini Mille et une reprises (presque 3 millions de signes), à paraître cette année chez Grasset (c’est plus ou moins sûr) ou l’année prochaine chez Bouquins (peut-être), je m’emmerde donc suffisamment pour reprendre mon site là où je l’avais laissé (il y a longtemps).
A relire ce qui précède, je ne vois vraiment pas  pourquoi… je n’ai sûrement pas tout dit, mais rien n’a vraiment changé.

Aujourd’hui le dernier Michel Houellebecq (préfacier de Beigbeder) est en librairie (sur Amazon, il était numéro 1 depuis plus d’une semaine) et tout le monde s’engouffre dans le plan média croyant qu’il s’agit de littérature ou faisant semblant de le croire alors qu’il s’agit d’autre chose, en deça ou au-delà, un peu comme c’est le cas d’Andy Warhol dans un autre domaine (l’art) et une autre dimension (planétaire). Le problème n’est pas de savoir si Warhol était un bon artiste (Hector Obalk a publié en 1990 un livre totalement hors-sujet à ce sujet : Andy Warhol n’est pas un grand artiste, Aubier), mais, à la rigueur, de comprendre pourquoi ses images (qui ne lui appartiennent pas) sont reproduites sur des mugs, des coussins et des serviettes de toilette plutôt que celles de Jasper Johns ou de James Rosenquist. Pourquoi tel ou tel artiste devient un élément de la Kultur de son temps ? Ce serait le rôle des critiques de l’étudier au risque de se tromper, de le (faire) comprendre, sauf qu’ils sont occupés à jouer le rôle de courroie de transmission qui leur est alloué, ce serait l’honneur des sociologues, mais ils sont trop occupés à réparer leur photocopieuse.
Houellebecq ne s’y trompe d’ailleurs pas, son ambition, désormais, c’est le Nobel, c’est-à-dire la reconnaissance ultime, le couronnement absolu de la médiocrité pour ce qui est des auteurs français récompensés récemment.

Il y a quelques jours, j’ai aperçu un article dans lequel Frédéric Beigbeder (témoin du mariage de Houellebecq) se demandait « comment il était devenu réactionnaire », je me trompe sans doute, mais je ne savais pas qu’il avait été autre chose.